Fortifications
(voir également Metz)
Page mise à jour le samedi, 28. février 2004 du site La Grande Guerre en Lorraine de Michel Jacquot
|
Avant 1870 |
|
Les frontières du nord-est étaient en 1870 sensiblement celles de 2002 mais il n'en a pas toujours été ainsi. La Lorraine, issue du Saint Empire romain germanique devint vers l’an 1000 duché de la maison des comtes de Metz qui régnèrent 7 siècles durant. Confrontée aux ducs de Bourgogne, cette maison ducale du accepter l’aide de la monarchie française. Louis XI mit fin à la soif de conquêtes de Charles le Téméraire et préserva Nancy. Au XVIe siècle les Habsbourgs reconnurent l'indépendance du duché de Lorraine par le traité de Nuremberg, et le roi de France accrût son influence en s'emparant en 1552 des Trois-Évêchés de Metz, Toul et Verdun. En 1738, le traité de Vienne attribua le duché de Lorraine à Stanislas Ier Leszczynski (1677-1766), ancien roi de Pologne et beau-père de Louis XV qui avait épousé sa fille Marie Leszczynska en 1725. À la mort de Stanislas, en 1766, le duché revint à la couronne française et l'intégration de la Lorraine à la France fut entérinée sous la Révolution De ces siècles difficiles, la Lorraine héritera d'un important patrimoine de places fortes. Metz, Toul, Verdun, Epinal et Bitche notamment furent fortifiées à l'extrême. |
|
1874-1885 |
|
A la suite de la défaite de 1871 et aux termes de l'armistice du 28 janvier et du traité de Francfort, la France privée de l'Alsace-Lorraine voit se créer 250 kilomètres de nouvelles frontières, de Longwy à Belfort, véritable brèche autorisant la ruée sur Paris. Le 28 juillet 1872 un comité de défense présidé par le Ministre de la guerre, Monsieur de Cissey, est formé. Une sous-commission des places fortes est chargée des fortifications. son Président, le maréchal Canrobert, nomme Séré de Rivières, déjà secrétaire du comité, Directeur du service du génie. Cependant, ces militaires ont des conceptions différentes de la défense de la France et de Paris en particulier. Pour beaucoup, les camps retranchés apparaissent comme la meilleure solution mais les choix géographiques divisent la tête de l’armée. L’Argonne est pour certains le premier rempart de Paris alors que d’autres défendent la région de Meaux. Séré de Rivières, promu récemment général après la condamnation de Bazaine, a en tête un système de places fortes imprenables. Les différents forts, puissamment armés, doivent interdire tout passage en croisant leurs feux. L’état major allemand surnommera ce principe de rideaux défensifs la "barrière de fer". La stratégie associée à ce système défensif consistait à ne pas fermer totalement la frontière. Deux "trouées" furent laissées au milieu de ces "rideaux défensifs". L'ennemi devait naturellement les emprunter pour enfermé et exterminé par les armées de campagnes massées en retrait. Il y aura 2 rideaux défensifs, le premier, aux "hauts de Meuse" et aux "monts Faucille" entre Verdun et Toul et le second placé entre Epinal et Belfort. Deux trouées ont été ménagées : Stenay et Charmes. Séré de Rivière par son rapport de juin 1873 convainquit le gouvernement qui lui accorda, par une loi datée de juillet 1874, un budget de 700 000 millions de francs or. Entre 1874 et 1885, du Pas de Calais aux Pyrénées, 166 forts, 43 ouvrages de moindre importance et 250 batteries, furent construits et armés pour 450 millions de Francs or mais certaines régions furent délaissées par restriction de crédits. Cependant Paris se trouvait bien abritée derrière cette nouvelle ligne fortifiée. Les emplacements ont été choisis en fonction du relief ou des nécessités de contrôler les accès stratégiques, voies de chemin de fer et routes. La ligne de forts comporte plusieurs types d’ouvrages :
L’artillerie des forts tire à découvert entre des créneaux de terre ménagés dans les structures placées la plupart du temps hors de vue de l’ennemi. Cela s’explique plus par la nécessiter de se protéger de l’artillerie adverse, car à cette époque, le camouflage était inutile, l’utilisation de la poudre noire rendait les tirs d'artillerie visibles de très loin. Toutes ces fortifications, réalisées en maçonnerie recouvertes de terre, résistaient très bien à l'artillerie de l'époque. |
|
1885-1914 |
|
Cependant, à partir de 1877, l'artillerie fit d'énormes progrès. l'apparition de la mélinite, de l'obus torpille et la généralisation du shrapnell datant de la fin du XVIIIème siècle, rendirent obsolète cette ligne de fortifications. D'une part les fusées, d'invention récente, permirent de déclencher l'explosion à l'altitude voulue. En faisant exploser un obus creux chargés de mitraille et d'éclats, les défenses des forts étaient aveuglées. En réglant l'explosion après l'impact, l'obus pénétrait dans la cuirasse et se comportait comme une bombe en éclatant. La mélinite, par exemple, inventée en 1885 par Turpin, tire son nom de son aspect similaire au miel, sirupeux et ambré. C'était un très puisant explosif, facile d'emploi, qui permettait de remplir aisément les obus creux. Avec la mélinite, la force de la déflagration était multipliée par 25 environ. Du 11 août au 25 octobre 1886, différents obus à la mélinite furent essayés sur le fort de la Malmaison, entre Soisson et Laon, sacrifié pour l'occasion. Dès 1885, à peine terminés, certains forts du programme Séré de Rivière seront renforcés. Certains recevront des casemates dites "à l'épreuve", constituée d'une voûte maçonnée recouverte d'un remblai de 3 mètres cinquante de terre puis de sable et enfin d'une carapace de béton de plusieurs mètres. Des tourelles "Mougin", blindées de la fonte dure, seront ajoutées à certains endroits et bien souvent, les caponnières trop en vue des tirs obliques seront remplacées par des coffres de contrescarpe. Ces travaux se poursuivirent jusqu'à la veille de la Grande Guerre. Par exemple, le très célèbre fort de Douaumont, projeté par Séré de Rivières dès 1875-77 et qui ne fut entrepris qu'après 1885, voit ses premières constructions réalisées en appareil maçonné. |
|
Après 1920 |
|
La première guerre mondiale qui fut une guerre de position vit toutefois arriver les premiers "canons d'assaut" ou chars d'assaut, dénommés encore tank, réservoir en anglais, du fait de leur ressemblance, du moins au début, avec une simple citerne. Ces nouvelles armes se développèrent rapidement et prouvèrent dès 1939, avec le contournement de la ligne Maginot, que forts et citadelles n'avaient plus leur place dans les conflits modernes. Les énormes progrès réalisés par les véhicules automobiles, les avions et les bateaux redonnent la mobilité aux armées, la guerre de mouvement est revenue comme au temps de Napoléon. Aujourd'hui de nombreux forts ont été vendus par l'Armée, certains meurent doucement enfouis sous la végétation ou deviennent des repères de dealers, drogués et voyous en tout genre. D'autres rachetés par des passionnés groupés généralement en association type loi 1901 sont rénovés petit à petit et ouverts au public. |
|
Les ouvrages du système Séré de Rivières en Lorraine |
|
Région de
Verdun De Verdun à
Toul |