Gerbéviller (54)
Page de La Grande Guerre en Lorraine de Michel Jacquot, dernière m à j : mercredi, 09. novembre 2005
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La ville |
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Pont sur la petite rivière Mortagne, Gerbéviller, dans le lunévillois marque l'extrémité sud-est du Grand Couronné de Nancy. Elle compte aujourd'hui 1 402 habitants contre 1 575 en 1910. A cette époque c'était un centre prospère qui comptait entre autres 16 café restaurants, 1 banque, 9 épiceries, 1 fabrique de lingerie, 1 notaire, 3 coiffeurs, 1 saboterie et bien d'autres encore. Dès août 14, Gerbéviller devint un lieu d'affrontement violent entre Français et Allemands où la population civile et la ville payèrent un lourd tribut.
Armes de la famille de Gerbéviller de l'ancienne chevalerie de Lorraine. L'ancienne église possédait un vitrail rappelant la fondation de la ville par Saint Mansuy et recensant les différents propriétaires de la ville. |
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Carte de la bataille d'août 1914 Le monument aux morts |
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Situation : sur la place à coté du pont sur la Mortagne |
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Le martyr de Gerbéviller - août 1914 |
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(le texte ci-dessous est inspiré de celui de Christine Pichon Le 24 août 1914, dans la nuit, des chasseurs français du 2e BCP vinrent à Gerbéviller défendre la ville alors que les Allemands ne l’avaient pas encore investie. Au matin du 24, les Allemands déclenchèrent un roulement d’artillerie qui, vers 17 h, permit à son infanterie d’attaquer. La défense française, malgré une résistance acharnée, du céder le pas et l’ennemi, envahissant les bâtiments en chassa la plupart des habitants. Après avoir emmené les femmes vers la gare et les hommes dans les campagnes, les Allemands pillèrent et incendièrent les maisons alors qu’un violent bombardement persista durant neuf longues journées.
Comme à Nomény, certains habitants purent se cacher dans
les caves les plus résistantes. Nombreuses furent les victimes qui, pour chercher un
souvenir ou respirer un peu d’air frais, furent fusillées dès qu’elles
mettaient le nez dehors. La commission nationale sur les crimes allemands en 1914 a
publié ce qui suit : Deux ouvrages relatant ces exactions : Gerbéviller-la-Martyre d'Emile Badel Les Cités Martyres de Lorraine d'André Viriot |
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Le témoignage d'Eugène Bourdet
D'autre part, grâce à l'aimable collaboration d'une
internaute vendéenne nous disposons du témoignage de Eugène
Bourdet, sous-lieutenant au 5ème régiment d’infanterie coloniale, relaté
dans plusieurs numéros, 15 juillet, 28 juillet et 5 août 1917, du journal
paroissial de la commune vendéenne de Saint Philbert de Bouaine au sud de
Nantes.
Bulletin paroissial du 15 juillet 1917 - N°289 Gerbéviller-la -Sainte ( en Lorraine ). - Émouvant récit fait par un de nos chers poilus. Aux armées, Juin 1917.
Profitant de quelques journées de repos,
nous avions formé le projet, quelques camarades et moi, de faire un petit
pèlerinage aux ruines de Gerbéviller. Par un beau soleil du matin nous
enfourchons donc nos bicyclettes, et nous voilà partis filant à toute allure
sur la route poudreuse. A dix kilomètres en approchant la ville, les champs
sont fleuris de cocardes tricolores. C’est le cadre que font au tombeau de
la cité martyre les tombes de ses défenseurs. Et ces tombes sont semées sans
ordre, creusées à la hâte à l’endroit même où est mort chaque soldat, au
bord des chemins, au creux des sillons, et surtout à la lisière des bois où
chasseurs et coloniaux s’accrochaient désespérément pour retarder la marche
de l’envahisseur. Au fur et à mesure que nous avançons, les cocardes se font
plus nombreuses, témoignant de la résistance plus acharnée. Tout à coup,
nous découvrons la ville : une colline blanche de pierraille sans verdure,
hérissée de ruines pointues comme des dents que dépassent le squelette d’une
tour et d’un clocher. La première vue est terrifiante : pas une maison,
petite ou grande, qui n’ait été crevée du haut en bas ; elles montrent
toutes leur intérieur, leurs entrailles aux trois quarts épandues ; on
dirait qu’elles ont toutes la tête coupée et le ventre ouvert. Les plus
élevées et luxueuses, celles de deux ou trois étages, sont les plus
invraisemblables ; leurs pans de murs déchiquetés qui, dans le lointain,
simulaient de capricieuses pyramides, sont par places restés debout jusqu’au
faîte ; leurs pierres calcinées, noircies par l’incendie, se détachent peu à
peu du bloc qui devient de plus en plus instable. Des maisons éventrées et
des monceaux de ruines : voilà tout ce qui reste de Gerbéviller. Le vieux
pont seul a résisté, unissant toujours cette ville morte à son faubourg
meurtri de l’autre côté de la Mortagne. C’est ce faubourg que notre route
s’insinue au milieu des ruines, entre les façades déchiquetées et les
amoncellements de pierres qu’on a dû relever de chaque côté de la route pour
permettre de passer, et nous descendons ainsi jusqu’à la rivière. Tout ce
quartier n’a pu être défendu. Aussi, ce ne fut qu’un jeu pour les Boches de
s’en emparer et de le réduire à feu et à sang : il n’en reste plus une
maison debout. Mais ce fut une autre affaire quand il s’agit pour eux de
passer la rivière : ils avaient compté sans les petits chasseurs, les
“Diables Bleus”, chargés de défendre le pont pour assurer la retraite de nos
troupes. Ils étaient 57 sous les ordres d’un sous-officier avec la mission
de tenir 5 heures .Ils ont tenu 12 heures, toute une longue journée pendant
laquelle les efforts des deux régiments bavarois furent brisés malgré leurs
mitrailleuses et leurs canons. Et c’est peut-être la seule raison du martyre
de Gerbéviller. En dépit de toutes les fausses accusations et de tous les
faux prétextes, c’est parce que Gerbéviller s’est merveilleusement défendue
qu’elle a été odieusement persécutée. La vaillante cité lorraine a donc été
véritablement martyre, martyre de sa foi patriotique. Je vous laisse à
penser l’angoisse des habitants pendant cette journée tragique. On avait
bien confiance pourtant dans les fameux chasseurs : ils étaient presque tous
enfants du pays. Le sous-officier aussi était bien connu : c’était lui qui
depuis longtemps, était moniteur de gymnastique au patronage de “Monsieur
l’Abbé”. On savait bien qu’ils tiendraient jusqu’au bout de leurs forces ;
mais ils étaient si peu nombreux en face de la multitude des barbares ! Et
puis, les munitions manquaient : il leur fallait courir le village pour
ramasser les cartouches abandonnées par les blessés pendant la retraite. Les
obus tombaient sans discontinuer sur la petite ville, les balles sifflaient
dans les rues, les femmes et les enfants pleuraient dans les caves, et le
vent apportait par-dessus la Mortagne, la fumée des incendies et les cris
des parents et amis qu’on torturait de l’autre côté de la rivière où les
Boches se vengeaient sur ce qu’ils occupaient déjà du dépit de ne pouvoir
envahir toute la ville. Mais l’instant inoubliable, c’est celui où les
défenseurs ayant reçu l’ordre de se retirer, la digue fut rompue. Ivres de
sang et d’éther, les Barbares se précipitent dans ce quartier qu’ils
convoitaient depuis 12 heures. Ils avancent en rangs serrés dans la petite
rue, et cette avalanche humaine envahit la ville en vociférant au son de
leurs fifres criards, avec leurs casques et leurs armes embrasés du reflet
de l’incendie qui semble avancer vers eux. Car, avec une méthode sauvage et
déconcertante, des groupes se détachent de la bande pour l’incendier chaque
maison, pendant que d’autres, bloquant les issues, empêchent les habitants
de sortir ou les fusillent sur le pas de leur porte. Aujourd’hui encore, il
est impossible de remonter cette véritable voie pompéienne qui était jadis
la grande rue de Gerbéviller sans revivre de façon poignante, tous les
drames qu’évoque chacune de ces ruines.
Bulletin paroissial du 22 juillet 1917 - N°290 Gerbéviller-la -Sainte. (suite ) Le château a été comme le reste, témoin d’atrocités et de carnage, et c’est dans sa chapelle que le vandalisme des barbares a pu satisfaire le mieux. Cette petite chapelle palatine, si remarquable dans ses proportions, qu’elle semble être cathédrale quand on la considère sans repère, alors que dans la cour du château elle s’encadre presque dans le cintre du portail, était une véritable châsse qui renfermait de précieuses reliques. Je ne parle pas des objets d’art que le Marquis de Lambertye y avait accumulés : tapisseries, tableaux, boiseries, grilles, flambeaux, etc. ..., qui ont été volés ou détruits. Mais il y avait encore d’inestimables reliques sacrées : un morceau de la Vraie Croix, un reliquaire en or contenant des cheveux de la Sainte Vierge, des tombeaux , des urnes funéraires . L’une d’elles contenait les ossements de Tarcisius , le martyr de l’Eucharistie. Les tombeaux sont éventrés et les urnes brisées. Tarcisius a été une seconde fois mis à mort par les infidèles ; on a retrouvé dans le ruisseau les débris du marbre de Falguière. Enfin, poursuivant notre triste pèlerinage sur la trace des barbares, nous arrivons à l’église : c’est là qu’ils ont mis le comble à leurs forfaits. Jusque là, ils avaient torturé les humains et profané les reliques des saints : ici, ils s’en sont pris à Dieu lui-même. La toiture est défoncée et les vitraux sont brisés, mais les murs sont restés debout, et le clocher déchiqueté se dresse encore vers le ciel, qu’il semble prendre à témoins du sacrilège des impies. Le chaos inextricable de l’intérieur donne une idée du carnage qui s’est déroulé dans ce lieu saint, dont l’écho n’avait jamais répété que le murmure des prières ou le chant des psaumes. Le grand Crucifix lui-même n’a pas été épargné ; il a été amputé de ses jambes, mais ses bras sont restés accrochés, dans l’attitude de la miséricorde et du pardon, comme ils avaient pardonné jadis aux bourreaux du Golgotha. Ce n’était pas encore assez de s’en prendre à l’image du Christ. Une cervelle boche devait trouver un sacrilège encore plus grand : il fallait tuer Dieu lui-même, le fusiller vivant dans l’Eucharistie. C’est pour cela que le Tabernacle a été percé à bout portant de 18 balles et qu’on a retrouvé ensuite le ciboire renversé et les saintes hosties réduites en miettes. Tel est le martyre de Gerbéviller. Non loin de l’église se trouve un modeste couvent, un de ces couvents comme on en voit dans toutes les villes de province, servant à la fois d’asile aux enfants, de patronage aux jeunes filles et d’hospice aux vieillards. C’était depuis bien longtemps le refuge où tous les affligés du pays savaient trouver auprès de Sœur Julie remède ou consolation. A la guerre, cette”auberge des douleurs “ était prédestinée pour recevoir des blessés. Elle fut en effet transformée en ambulance d’étape, et dix jours déjà avant l’arrivée des Allemands, les bonnes sœurs ne se couchaient pas, ayant sans cesse dans leur maison plus de 200 blessés qu’elles devaient soigner tout le jour avec leurs moyens de fortune, et évacuer la nuit pour en recevoir d’autres. Elles n’eurent pas davantage de répit pendant l’occupation allemande pour protéger les vieillards et les blessés dans le couvent que les barbares voulaient incendier et qui ne doit d’avoir été épargné qu’au courage et à la ténacité de la Supérieure. Après l’occupation, le couvent de sœur Julie fur toujours l’abri, le refuge des malheureux et des blessés, surtout dans les combats qui se déroulèrent du 24 au 31 août, période pendant laquelle la ville fut deux fois prise et reprise : les sœurs ramassaient les blessés dans la rue, devant leur porte. C’est pour ces services que la Communauté fut citée à l’ordre de l’armée de Castelnau, et que la supérieure reçut, des mains mêmes du Président de la République, la Croix de la Légion d’honneur. Aujourd’hui encore, les quelques familles qui restent à Gerbéviller sont abritées auprès de soeur Julie, dans les maisons qu’elle a pu sauver de l’incendie, autour du couvent. Aussi, pour le visiteur découragé par la vue de tant d’horreurs, quelle consolation de trouver ce vieux couvent, éclaboussé de sang et de mitraille, mais toujours debout, flanqué de sa petite chapelle, si petite que la pointe de son clocher ne dépasse pas les toits des maisons voisines. Vous pouvez frapper à la porte en toute confiance : on vous ouvrira toujours. On vous fera entrer dans un petit parloir, si calme au milieu du chaos des ruines environnantes, dans le silence de la Communauté, troublé seulement par la voix des enfants de la chapelle. Nous y sommes entrés, non sans une certaine émotion. Bientôt, nous entendons du bruit de pas et de chapelet : c’est soeur Julie qui vient à nous, la main tendue. Elle ne porte pas sa décoration. Tout dans sa physionomie révèle une bonhomie et une simplicité naturelles, exagérées encore par modestie, comme pour dire “vous voyez, je ne suis rien, je n’ai rien fait par moi-même : c’est ma Foi qui a tout fait”. Comme nous nous excusons de l’avoir dérangée, elle répond qu’elle n’est pas si grand personnage pour qu’on ait tant d’égards à son endroit, et, l’ayant par hasard félicitée de son courage, elle nous dit que toutes ses soeurs en auraient fait autant à sa place. Puis, avec un complaisance inlassable, Sœur Julie se prête à toutes nos questions et nous fait le récit détaillé du martyre de Gerbéviller, tel que je l’ai raconté tout à l’heure, toujours d’une voix égale et douce, avec une expression calme qu’elle devait avoir, même en face de l’ennemi, confiante en la justice divine. Bulletin paroissial du 29 juillet 1917 - N°291 Gerbéviller-la -Sainte (suite ). Cependant, au récit de certaines atrocités, le regard de soeur Julie s’assombrit et elle passe la main devant ses yeux comme pour chasser la vision de ces enfants, de ces jeunes filles à qui elle avait consacré toute sa vie, ces fleurs d’innocence qu’elle protégeait amoureusement dans son asile ou son patronage, et qui ont été honteusement maltraitées sous ces yeux par les bandits. Et ces atrocités prennent dans sa bouche un caractère particulièrement angoissant, parce que les victimes ne sont plus inconnues. Elle les appelle par leur nom : c’est la petite Louise Perrin qui a été fusillée dans l’écurie où elle s’était réfugiée , c’est le petit Abel Plaid , un enfant de 14 ans que sa mère a trouvé mort , agenouillé , les mains derrière le dos , les pans de sa casquette verte , rabattus sur les yeux : c’est Mademoiselle Oliger poursuivie par les Boches dans le couloir de sa maison , s’échappant par l’escalier du lavoir , et restant cachée 3 jours et 3 nuits dans les roseaux de la rivière pendant que les bandits incendiaient sa demeure où ils la croyaient blottie . C’est cette mère retournant chez elle affolée , pour chercher l’enfant qu’elle avait laissé et dont les barbares lui tendent le corps carbonisé ; c’est ce pauvre Monsieur Legrey qui a été crucifié à sa porte et dont la vieille bonne de M. le Curé croit encore entendre les hurlements, chaque fois qu’elle passe l’angle de la Rue de l’Est ; ce sont les 15 vieillards , fusillés à la “Prêle” , ligotés par 5 avec des branches de saule ; c’est le boulanger Jacques qui a été précipité dans son four ...et combien d’autres. Encore ! Enfin, comme nous l’en prions, soeur Julie veut bien nous raconter comment elle a pu faire respecter ses blessés et son couvent. N’attendez pas de grands mots ni d’attitudes héroïques. L’histoire est merveilleuse dans sa simplicité. Dès que les Allemands sont signalés dans la ville, la Supérieure se présente à la porte, entourée de la Communauté. Peu après, les officiers arrivent à la tête de leur bande. Ils arrêtent leurs chevaux qu’ils placent face à la porte, et, sabre au clair, commencent à discourir en allemand sur un ton courroucé. Soeur Julie, qui entend fort bien cette langue, les prie de parler français : “Vous pensez, Messieurs, si j’allais me donner la peine de par leur charabia avec leur manie de mettre les verbes à la queue. C’était bien le moins qu’ils puissent faire de parler français”. Alors le Colonel frémissait de rage : - “Vous avez dans votre maison des civils qui ont tiré sur nous.” - “Non, Monsieur, je n’ai que des soldats blessés, désarmés”. - “Je veux voir” - “Entrez” Et la petit soeur précède dans le couvent le colosse , si grand qu’il accrochait toutes les portes , avec le “paratonnerre” de son casque .Derrière , 3 officiers suivent , révolver au poing .Ils parcourent ainsi toute la maison , à la recherche des francs-tireurs , le colonel hurlant , toujours très exalté : - “On a tiré sur nous, de votre couvent : donnez-moi les fusils, je veux voir les fusils”. Dans la salle des grands blessés , il faut retourner , tous les lits où les armes doivent être cachées , et chaque fois , c’est le même cérémonial : Les 3 officiers se placent à la tête du lit brandissant leur révolver pour tenir en respect l’agonisant , pendant que leur chef , grognant toujours rabat les couvertures et retourne l’oreiller , brutalement , sans égards pour la douleur du blessé . Puis , sortant un poignard de sa vareuse , il le met sous la gorge du malheureux , pour lui faire avouer qu’il n’est pas militaire , qu’il est franc-tireur et qu’il a tiré sur eux . A l’un de ses malheureux, la pointe est si menaçante que Sr Julie indignée n’a que le temps d’interposer ses mains sous le fer. Et cette exclamation jaillit de sa poitrine : - “Oh!Monsieur, c’est un blessé, il est sacré”. Le colonel, honteux de ce soupçon, rengaine son poignard : - “Mais, ma soeur, nous ne sommes pas des barbares !” Alors, pour toute réponse, soeur Julie ouvrit la fenêtre. Le clocher s’élevait en flammes au-dessus du brasier de la ville, et la chambre était déjà pleine de fumée noire, chargée d’étincelles. Le colonel, détournant les yeux, regarda la pointe de ses bottes, et comme dit soeur Julie : “Quand on regarde le bout de ses souliers, c’est qu’on a deux pensées.” La barbarie de l’orgueilleux chef teuton était vaincue par la douce ténacité de la religieuse : elle obtint la promesse que son couvent serait respecté. Mais sa tâche n’était pas finie. Déjà, les équipes d’incendiaires s’attaquaient aux maisons voisines et le couvent risquait d’être brûlé par contagion. La soeur n’hésita pas à commander les soldats : - “Vos chefs ne veulent pas qu’on brûle l’hôpital. Courez chercher des seaux.” Et les incendiaires obéirent. La supérieure, montée sur une chaise, les manches retroussées, jetait de l’eau par les fenêtres du rez-de-chaussée, tout en activant les porteurs : - “Schnell , schnell (vite!vite!) !” C’est ainsi que soeur Julie sauva de l’incendie ce qui reste de Gerbéviller. Grâce à elle, quelques foyers demeurent où renaît peu à peu la vie du pays. Bulletin paroissial du 05 août 1917 - N°292 Gerbéviller-la -Sainte (suite et fin ) En sortant du couvent , nous trouvons des enfants jouant au soleil dans les ruines , une femme remontant de la rivière , chargée de linge encore mouillé , un vieillard poussant une brouette et Monsieur le Curé se rendant au confessionnal . Le digne pasteur qui a tenu à rejoindre son poste dès que son retour de captivité, nous raconte avec le même simplicité que Sœur Julie, certains détails de l’occupation . Pendant qu’il nous entretient à l’un des carrefours les plus dévastés de la ville , une fillette vient à passer , épanouie de joie dans ce décor lugubre , tenant précieusement , du bout des doigts , pour ne pas la froisser , une robe neuve ! Et M.le Curé gronde presque : - “Tu as une bien belle robe, petite Jeanne”. - “C’est la chère soeur qui me l’a donnée ...” Le soir du 24 août, pendant que la ville agonisait dans les flammes, le chef qui avait commandé à ce crime, remontait la colline en traînant derrière lui la troupe des otages. Arrivé sur le plateau, il se retourna pour contempler son oeuvre, et tandis que les vieillards qu’il emmenait pleuraient au spectacle infernal qui se déroulait à leurs pieds , ce nouveau Néron triomphait : “Que c’est beau, que c’est grandiose !...” Ce ne sont pas les mêmes sentiments qui nous animent, mais c’est le même cri qui monte à nos lèvres ce soir, en nous éloignant de Gerbéviller. Dans la nuit qui tombe sur la ville morte, on aperçoit une lumière : Ce sont les fenêtres du couvent de soeur Julie : c’est la “lanterne des morts” de G..., et comme ces lanternes dans les cimetières rappelaient aux anciens que tout ne finit pas au tombeau ; le couvent de soeur JUlie dans ces ruines est un gage d’espérance et de vie. Les Boches ne peuvent détruire que ce qui est périssable. Ils n’ont pas altéré l’âme immortelle de notre France, sa Foi patriotique et religieuse par laquelle elle vaincra. Eugène Bourdet Eugène Bourdet fut décoré de la croix de guerre et cité à l’ordre de l’armée en décembre 1917. Nommé lieutenant, il devint officier de renseignements à l’État-major. A la fin du conflit il reçut une nouvelle citation à l’ordre de sa division : “Officier d’élite. Au front depuis le 19 mars 1915. A été blessé le 6 mai et le 27 septembre 1915, en Argonne et en Champagne. Depuis, remplissant les fonctions d’officier de renseignements, a continué à servir parfaitement, et pendant les récents combats des 12 et 23 juillet, 8 août et 12 septembre 1918, a fourni des renseignements qui ont puissamment aidé le commandement dans sa tâche, et a ainsi contribué au succès.” |
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Le monument aux martyrs du 24 août 14 |
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Le monument aux soldats de la 74ème DIR et
36 RIC |
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A l'origine le monument était dédié au 36ème colonial et implanté directement sur le champ de bataille. Ces 3 cartes postales non datées ont probablement été prises entre les 2 guerres. Les 2 clichés de gauche ont été pris le même jour. |
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![]() Le médaillon ci-dessus ne figure pas sur les premiers clichés |
![]() Aujourd'hui, il est dédié à la 74 7me DI et non plus au seul 36 RIC, la plaque de marbre est manifestement plus récente |
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La défense du pont par l'adjudant Chèvre et ses 60 hommes |
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| La plaque de cuivre du monument principal illustre "La défense du pont de Gerbéviller par les chasseurs du 2ème bataillon, le 24 août 1914". | |
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Les nécropoles allemande et française |
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| Deux vastes cimetières militaires se font face de part et d'autre d'une toute petite route | |
| La nécropole allemande | La nécropole française |
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![]() 2 167 Français dont 3 tombés au cours de la 2nde guerre sont enterrés ici. |
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![]() Les noms des 4 342 soldats identifiés et 1 036 inconnus enterrés dans cette tombe commune sont inscrits sur 26 plaques de bronze |
![]() Parmi de très soldats du 36ème RIC |
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Les nécropoles françaises des combats de la Trouée de Charmes |
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Source : Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre
Ces 7 nécropoles entretenues par le Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre, accueillent 8 879 corps issus essentiellement de la Grande guerre
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Images de Gerbéviller pendant la Grande Guerre |
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