Dieulouard (54)


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Page de La Grande Guerre en Lorraine de Michel Jacquot, dernière m à j : samedi, 26. mai 2007 

La ville

Le blason reprend les armoiries figurant sur les sceaux de la prévôté de Dieulouard depuis 1379.

A quelque 23 Km au nord de Nancy, Dieulouard est une petite bourgade d'environ 5 000 âmes située sur la rive gauche de la Moselle.

L’étymologie de Dieulouard viendrait d’une déformation du patois lorrain « Dieu le warde » signifiant Dieu le garde en référence au château érigé par les évêque de Metz au X° siècle.

La ville fut longtemps connue sous le nom de Scarpone, ville gallo-romaine (située sur l’île formée par les deux bras de la Moselle) et centre économique et marché agricole des mediomatriques (habitants de la Lorraine et du Bas-Rhin).

La ville devînt Dieulouard après une forte tempête qui modifia le cours de la Moselle et sépara la ville du site de l’ancienne Scarpone. Cette transformation géographique explique le rattachement de Dieulouard à l'évêché de Verdun bien qu’elle soit à la limite de celui Metz.

Vers 1970, lors des travaux de canalisation à grand gabarit pour le transport fluvial sur la Moselle, on retrouva de nombreux vestiges gallo-romains. D’autres furent retrouvés à des époques antérieures, par exemple, les bénitiers de l'église proviennent du temple de Scarpone.

Plus d’information sur http://crehangec.free.fr/lorr.htm

Le monument aux morts du cimetière

Situation : à l'intérieur du cimetière civil, lequel recueille également les tombes militaires de la Grande Guerre, sur la D10 en direction de Villers-en-Haye

 

Le carré militaire

Situation : à l'intérieur du cimetière civil,

Paul Voivenel, médecin à l'ambulance de Dieulouard

 Après avoir combattu notamment dans les Hauts de Meuse près de Maizey, puis à Verdun,  le Docteur Paul Voivenel vient à la fin de l'année 1916 dans la zone du Bois le Prêtre. Son ambulance est installée à Dieulouard. Passionné de neuropsychiatrie et de rugby, il sera l'auteur d'une cinquantaine d'ouvrages dont "la guerre des gaz" où il raconte l'expérience qu'il a vécu en avril 1917 lors d'une attaque aux gaz au Bois le Prêtre. Un musée lui est consacré à Capoulet-Jurac dans l'Ariège.

Ci-dessous, un extrait de "La guerre des gaz" ouvrage des Docteurs  Paul VOIVENEL et Paul MARTIN

Le 1er octobre 1916 nous étions à Dieulouard sur la vallée de la Moselle. Nous devions y vivre neuf mois. L'ambulance était logée au « Domaine des Moines ». Les régiments occupaient le Bois Le Prêtre, tranquille à cette époque. Notre clientèle ne nous donnait pas beaucoup de travail, car nous ne fonctionnions pas au point de vue chirurgical. Les blessés étaient évacués à Belleville où opéraient les frères Marnsby.

Le samedi de Pâques 1917 s'achevait, la nuit était douce et belle. Pas un bruit, aux lignes du Bois Le Prêtre. L'esprit s'envolait vers les siens. A trois heures du matin, le médecin divisionnaire BUOT, revenant des positions, surgissait, nous faisait lever et, la voix émue: "Il vient d'y avoir une attaque par les gaz,... une vague,... c'est très sérieux... Faites de la place,... évacuez tous vos malades sur I'H.O.T. de Champigneulles... Tout le matériel automobile du C.A. sera mis en mouvement :... Vous n'allez pas tarder à recevoir les premiers intoxiqués" …déjà dans la, cour les voitures envoyées par le corps d'armée bourdonnaient. Nous empilons nos malades. Aucun ne se plaint... Nous avions, libre en cas d'imprévu, une salle de trente lits aux poêles toujours amorcés. Une équipe dressée devait, sous la direction d'un médecin, à la première alerte de gaz, s'y occuper à préparer les bouillottes, les ballons d'oxygène, les pansements et instruments pour les saignées. Le reste du personnel, infirmiers, tringlots, s'affairait à l'évacuation des malades. Un aide major, ait bureau des entrées, signait les billets d'hôpital des sortants qu'on conduisait par groupes dans un local voisin d'où on les embarquait...La vague avait été émise vers onze heures et demie quand les hommes reposaient. La surprise avait été complète…Le médecin divisionnaire repartit vers les lignes.« Les deux autres ambulances, la 11 (du C. A.) et la 5, ont été alertées avant vous. Elles ont reçu les premiers malades à Manonville et à Griscourt ; mais la partie droite du secteur doit affluer chez vous. >>Une voiture surgit. « Quatre intoxiqués couchés. » Nous retirons les brancards. Trois cadavres. …L'intoxiqué vivant, crispé au brancard, bleui par l'asphyxie, râle. Et d'autres voitures se succèdent d'où nos infirmiers enlèvent des agonisants.…Nos derniers évacués, ahuris, se jettent dans les camions qui doivent les conduire à l'H. O. E….Déjà les médecins avec leurs équipes s'activent dans les salles où ronflent les poêles. Les brancardiers ont leurs consignes et, sous la direction d'un sous-officier, distribuent les malades…..Les salles de notre ambulance se garnirent vite.…. Dans chaque salle un infirmier administrait l'ipéca. …Mais, sur notre impression géné­rale, notre gestionnaire envoyait chercher quarante cercueils. Quelle lutte !…Toute la journée et la nuit les autos sanitaires nous apportèrent de nouveaux intoxiqués…L'impression demeurait désastreuse sur le pronostic de nos malheureux suffoqués. Les quarante cercueils demandés arrivaient par dizaine.Nous avions trois salles de malades très graves, deux au rez-de-chaussée, une au premier étage. Les hommes légèrement ou moyennement touchés avaient été réunis dans des locaux spéciaux sous la surveillance d'un seul médecins qui ordonnait l'ipéca, auscultait, et recomman­dait le repos absolu, puis venait aider ses camarades dans le traitement des moribonds. Les autos sanitaires nous portaient toujours des suffoqués.Nos locaux étaient pleins à craquer. Sur la route de Griscourt, nous avions ouvert une succursale de l'ambulance dans une très vaste construction servant d'école libre. Nos malades légers y avaient été logés.

Le monument aux morts de "Notre-Dame-des-airs"

Dès le début du conflit, Gustave Clanché, curé de Dieulouard, s'engagea à ériger un mémorial à la Vierge si le village était épargné par l'envahisseur. Ce fut le cas, dès à l'engagement du conflit, les Allemands durent se replier en septembre 1914, au pied de la côte de Ste Geneviève à l'est, et à Pont-à-Mousson au nord dans le Bois-le-Prêtre.

Le monument, construit sur Les Roches à l'endroit où était érigé l'ermitage de Sainte Madeleine, fut terminé pour le 11 novembre 1920. La tour de 17 m de hauteur soutenant une statue de fonte de 3 mètres représentant la Vierge fut bénie en 1920 par Mgr de la Celle, évêque de Nancy et de Toul. En 1921 la statue de pierre du "poilu", sculptée par Huel, fut ajoutée sur la façade ouest.

Il fut financé par  par 800 souscriptions dont celle de la municipalité.


A noter que le fusil n'existe plus aujourd'hui et cela depuis longtemps, la tête du soldat n'est pas celle d'origine

Il y a aussi une certaine similitude avec le visage du poilu
des monuments de Martincourt (54), cliché ci-dessus
et de Rosières en Haye (54)

Vue dans les années 1920


Sur cette plaque figure le nom de l'un de mes aïeux, mort pour la France en 1916 à l'âge de 20 ans


Dieulouard a subi 86 bombardements pendant la Grande Guerre qui firent également des victimes civiles

La vallée de la Moselle vue de Notre-Dame-des-airs,
au fond les crêtes nord du Grand Couronné de Nancy

L'église Saint-Sébastien

L'église a échappé de peu au bombardement aérien du 17 février 1918. Ce jour-là, 2 bombes d'avion sont tombées sur la bâtisse et ont crevé la voûte pour échouer sur le plancher sans éclater. Ces bombes d'un diamètre de 247 mm et d'une hauteur de 1,52 m pèsent chacune 56 kilogrammes telles qu'elles sont là, c'est-à-dire vidées de leur contenu.


Cliché de l'abbé Gustave Clanché avec les 2 bombes tombées le 17 février 1918 vers 21 heures
Les bénitiers de l'église sont en réalité des cuves d'autels gallo-romains provenant du temple de Scarpone.

La quartier du château au début du siècle


Les ruines du château et le quartier de la grande roche avant 1914

1918.....

2003....

Les ponts sur la Moselle


A hauteur la Moselle formait une île dite de "Scarpone" longtemps occupée par les Romains. Ce pont est le pont de Scarpone datant de 1871 et détruit lors de la Grande Guerre. Cet ouvrage se trouvait sur le bras gauche, petit bras ou encore bras du Liégeot et supporte la route Dieulouard-Nomény

Vue exceptionnelle des trois ponts qui enjambaient, le canal à l'ouest, et les deux bras de la Moselle :
le bras du Liégeot et l'Obrion à l'est


Pont provisoire métallique sur le bras du Liégeot après sa destruction en septembre 1914.
(Vue d'amont depuis la berge gauche, la grosse maison existe toujours, propriété de M Jean Maire dans les années 1970/80)


Le même ouvrage provisoire vu d'aval toujours depuis la berge gauche.

Le pont de Scarpone entre les deux guerres

et détruit en 1944.....

La gare SNCF


Probablement avant 1910

Vers 1910-1915, noter le magasin construit entre les toilettes et l'annexe.

L
a gare après les bombardements de la Grande Guerre,

Travaux de reconstruction, noter la toiture en cours de rénovation sur le magasin adjacent

Etat vers 1930 (vue de la place et non plus des quais)

La même vue en mars 2003

Les hôpitaux de campagne de Dieulouard

Dès août 1914, la vaste Ecole des Moines servit d'ambulance avec une quarantaine de lits. Sans subvention et sans médecin autres que les majors de passage, cette structure initiée par le curé Gustave Clanché et le Comité local de la Croix-Rouge fonctionnait grâce au bénévolat d'un infirmier, une soeur hospitalière et de brancardiers volontaires.

A compter de novembre 14, la salle des Fêtes et la maison du garde-barrière furent transformés en hôpitaux de campagne pendant 6 mois pour accueillir les blessés des combats du Bois le Prêtre

A partir de février 1915, une ambulance supplémentaire fut aménagée au patronage de la Chavée.


Levée d'un soldat mort au combat dans la cour de l'école qui servit d'ambulance, il s'agit probablement de l'hiver 1914-1915.

Le 11 mai 1916, un jeudi, l'actrice Sarah Bernhardt amputée d'une jambe donna un spectacle dans la cour des Moines avec une petite troupe de 4 personnes.
Elle se vit remettre un bouquet de fleur par deux fillettes de Dieulouard, la scène se déroula devant le QG de la 73ème DI du général Lebocq (maison Urion)


Ambulance américaine à Dieulouard à proximité de la Cour des moines

Le même lieu 89 ans plus tard en mars 2003

Autres clichés au début du siècle


Abri de la "Grosse pièce", canon français de 380 mm. Orientée nord nord-est, cette pièce, probablement en réserve de celles de Pont-à-Mousson et Montauville, était capable d'atteindre Pagny sur Moselle, Champey, Vittonville.

Deux canons se succédèrent à partir de mai 1917, la "Marie-Madeleine" s'en alla à Sommedieue, la "Mireille" la remplaça et soutint en septembre 1918 la réduction du saillant de St-Mihiel

Le même abri en 2003

La route principale un peu
avant la Serpenoise

Début du XXème siècle
Carrefour de la route de Nomény (rue de la Gare) et de la route menant à Pont-à-Mousson (N 57)

La même vue après les bombardements de février 1918

La rue principale vers 1900 vue en venant de Belleville

Sensiblement la même vue après les bombardements de début 1918

Une autre rue de Dieulouard....

La rue du Château et la rampe d'accès à l'entrée du château féodal en 1918

La maison au linteau surmonté d'un fronton triangulaire est toujours debout

En 2003....
La bière en Lorraine

Boisson gauloise, la bière accompagne la Lorraine depuis longtemps. A Champigneulles, la légende dit qu'en 641 Saint-Arnould multiplia les chopes et il devint le patron des brasseurs. Au XVIIème siècle, des moines anglais plantèrent des variétés nouvelles de houblon à Dieulouard et c'est ici, à Tantonville que les frères Prosper et Jules Tourtel fondèrent une des plus modernes brasserie en 1839 où Pasteur découvrit d'une part la pasteurisation en 1872 puis jeta les bases de la brasserie moderne en menant ses études sur la fermentation entre 1873 et 1874. Première région brassicole de France, notre Lorraine comptait au  XIXème siècle  200 brasseries et malteries. A Tantonville, Ferdinand Carré mit au point sa première machine frigorifique et Baud fut un des premiers à s'essayer industriellement au maltage pneumatique.


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