Croix des Carmes


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Page de La Grande Guerre en Lorraine de Michel Jacquot, dernière m à j : dimanche, 29. janvier 2006 


Les lieux

Le secteur se situe entre le Quart en réserve, à l'ouest, et le Père Hilarion. En fait, le lieu en lui-même, situé sur la ligne de crête du massif à 375 m d'altitude, c'est à dire au même niveau que le Quart en réserve. La désormais fameuse Croix,  ne représentait à l'époque rien d'autre qu’un « vieux monument au passé historique : les Carmes déchaussés de Pont-à-Mousson l’avaient placée au XVIIIème siècle en bordure d’un de leurs bois, enclavé dans le massif forestier ; connue comme jalon d’une passée de chevreuils, elle devait être renouvelée tous les quinze ans par les adjudicataires des coupes de bois ; celle qui est entrée dans l’histoire n’était qu’une croix rustique en morceaux de chêne mal équarris, datant de 1908.»

(D'après "Témoignage d’un soldat de la 73e division d’infanterie" de  Maître Charles François , notaire à Pont à Mousson et Colonel de réserve)

L'action

La Croix-des-Carmes, sommet du Bois-le-Prêtre, vit s'affronter les Français, 128ème D.I et surtout 73ème D.I de Toul du général Lebocq, et les Allemands des 37è et 46è I.R du général von Strantz. La zone, investie dès septembre 14 par les Allemands, fut le théâtre  de furieux combats.

Les Français, après avoir reconquit le sommet de la colline, déplacèrent la vieille croix de bois pour la mettre à l'abri dans la partie haute du cimetière du Pétant (voir Montauville (54), créé dès le début des combats vu la quantité impressionnante de corps à enterrer. Elle y resta jusqu'en 1920.

Aujourd'hui, au même endroit, a été édifié un petit monument dans lequel est enchâssée une copie de la Croix.

Clichés de guerre


 

 

 


Février 1916

Bois le Prêtre

(Crédit photographique : B.D.I.C)


15 juillet 1916, le général Lebocq à la Croix-des-Carmes

(Crédit photographique : B.D.I.C)


Emplacement initial de l'ancienne croix

Vestiges visibles aujourd'hui


Tranchée allemande proche de la première ligne, parapet bétonné


Abri 29
13 hommes couchés
26 hommes debout ou assis


Accès à l'abri 29


Abri 27
14 hommes couchés
28 hommes debout ou assis


Accès à l'abri 27


Abri 2x
2 hommes couchés
10 hommes debout ou assis

Accès à l'abri 2x

Notons le rouleau de fil de fer barbelé non déroulé et découvert récemment

Poste de guetteur vu des tranchées françaises


Poste de guetteur et entrée de sape


Autre poste de guetteur

La Croix des Carmes, simple croix de bois sans importance religieuse notable devînt un symbole de la Grande Guerre


Vue de l'époque


Vue de 2002

Les Français, après avoir reconquit le sommet de la colline, déplacèrent la vieille croix de bois pour la mettre à l'abri dans la partie haute du cimetière du Pétant (voir Montauville (54), créé dès le début des combats vu la quantité impressionnante de corps à enterrer. Elle y resta jusqu'en 1920.

Aujourd'hui, au même endroit, a été édifié un petit monument dans lequel est enchâssée une copie de la Croix.


Autre vue de l'époque

Le monument commémoratif

 

23 septembre 1923 : Monsieur Raymond Poincaré, Président de la République Française de 1913 à 1920, inaugure le monument implantée à 20 m de l'emplacement initial. La croix de bois enchâssée dans la pierre est l'antique Croix des Carmes. Lors de la rénovation des années 1990 la croix de bois a été remplacée par une réplique au centre de laquelle figure toujours la plaque de cuivre d'origine.


Cette photo semble antérieure à la suivante, la végétation paraît moins dense. Des deux arbres visibles, celui de droite est encore là en 2002 !


L'arbre de gauche, que l'on peut aussi apercevoir sur la photo de l'inauguration, a disparu ou est masqué par le monument lui-même sur cette vue.

Ci-dessus : vues du monument, probablement dans les années 30, Ma grand-mère, originaire de Montauville et née en novembre 1911, m'a toujours assuré que la végétation eut bien du mal à redémarrer. Dans ses souvenirs d'enfance le bois le Prêtre était stérile.


Novembre 2002 Monument dans état actuel


Médaillon du colonel Florentin, commandant la brigade composée des 367, 368 et 369ème RI (73ème DI), apposé sur la face arrière du monument


Ce détail du monument montre que l'on s'est battu ici dès le début de la Grande Guerre. 

 

Cérémonie lors de la pose de la première pierre.
L'entrée du Bois le Prêtre Mousson vue du Bois le Prêtre
Un abri quelque part dans le bois Canon de 90 mm

(Source ONF 54)

Le Quart en réserve

En mars 1915 ravagé par l'artillerie française

(Dessin de C Rollin Imp. Vagner 1940)

Le vieil arbre (chêne des cuisiniers)

Petit, j'étais le plus heureux des chênes,
A l'ombre de mon père doucement je grandissais
La forêt où j'habitais était l'une des plus belles du pays,
Elle était là depuis le plus profond des âges
Et malgré quelques incendies je croyais en son éternité.
Vingt décennies passèrent et un beau jour d'hiver,
Un de ces hivers du début de ce siècle,
Des hommes braves et joyeux vinrent nous voir,
De mon père immense ils abattirent le pied,
Ce père âgé de plus de 400 ans,
Qui, malade faiblissait sous les tempêtes.
Je fus terriblement triste de ne plus le voir,
Lui si solide depuis si longtemps à mes côtés.
Mais le temps aidant je me consolais en pensant aux beaux meubles qu'ils en feraient.Quelques années passèrent et un sale jour d'été,
De cet été terrible du début de ce siècle,
Des hommes graves et tristes sont venus mourir.
De toute ma famille, les obus déchiquetèrent les troncs,
Les obus n'étaient jamais assez gros.
Les obus n'étaient jamais assez nombreux.
Les obus déchiquetèrent branches et feuillage.
Chairs et bois mêlés dans la plus horrible intimité,
Les arbres et les hommes ne firent plus qu'un dans la mort.
Des hommes graves et tristes sont venus mourir.
Brutalement ma forêt si solide et si majestueuse,
Brutalement ma forêt devînt ce qu'ils appellent encore champ de bataille.
Ils m'arrachèrent la tête un affreux soir glacial de février 15,
Mais hasard ou symbole en ce jour de 1996 je suis encore là,debout.
Mon tronc est meurtri,
Mon tronc est truffé d'éclats,
Mon tronc est pourri,
Mon tronc témoigne.

Je fus un chêne bicentenaire,
J'aurais du vivre vieux.
Ils eurent 20 ans,
Ils auraient dû vivre vieux.
Passant si un jour tu flânes en un lieu nommé Croix des Carmes,
Alors arrête-toi et regarde bien,
Tu y verras un vieil arbre pourri,
Tu y verras un vieil arbre sans tête,
Un vieil arbre encore debout.
Debout au milieu des vestiges des tranchées,
Debout au milieu des ferrailles tordues et rouillées,
Debout au milieu d'une jeune forêt nourrie du sang de tes parents.
Michel Yves R.Jacquot - Février 1996

  

Avant 14 il y avait une forêt à cet endroit, le Bois le Prêtre.
Le "cadavre" d'un chêne de cette futaie a résisté à cette guerre, à la suivante, au temps qui passe et même à la tempête du 26 décembre 1999.

Grâce notamment à l'ONF, cet arbre a été préservé depuis l'été 2005, il a été abattu par une équipe spécialisée qui a réussit à le conserver intact. il devrait être traité puis mis à l'abri à Fey en Haye.


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