Champey sur Moselle (54)


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Page de La Grande Guerre en Lorraine de Michel Jacquot, dernière m à j : dimanche, 18. octobre 2009 

Le village

Vallée de la Moselle, rive droite à 8 Km au Nord de Pont-à-Mousson,

Champey (voir inscription sur le monument), devenu depuis Champey sur Moselle le 25 juin 1936, a beaucoup souffert durant la Grande Guerre de par sa position de village frontière entre la Lorraine annexée et la France.

Le monument aux morts

Situation : au centre du village sur la route RN 57

Clichés anciens


Photo prise dans l’enceinte du « château » de Champey
que la garnison allemande occupait penda
nt la période qui nous intéresse.
Elle montre les soldats allemands et certains enfants du village en train
de patiner sur le bassin gelé situé à l’entrée de la propriété.
Ce cliché et celui de dessous m'ont aimablement été mis à
disposition par madame Boursier maire de Champey sur Moselle de 2001 à 2008

Ce château appartint à Charles Le Pois, médecin du duc de Lorraine et doyen de la faculté de médecine de Pont-à-Mousson, qui mourut en 1633 durant la période de la grande peste de Nancy.


Autre photo prise au même endroit où l'on voit
une partie de population rassemblée par les soldats devant le pigeonnier.
On n’y voit quasiment que des femmes, des enfants et quelques hommes âgés.

Le château de Champey
Cliché aimablement mis à ma disposition par Roger Nota

Tiré du livre de Roger Nota

un petit bout de l'histoire de sa grand-mère brutalisée par les Allemands (elle eu deux enfants de soldats allemands inconnus pendant la guerre)

..Aux environs du 5 septembre 1914 à Champey, Jean Christoph Hackenheimer (l'arrière grand-père de l'auteur) a caché dans sa maison un prêtre recherché par les Allemands. Ce prêtre s'appelait Charles Balland, il était né le 24 mai 1873 à Giriviller. Ordonné prêtre le 8 août 1897 il fut le curé des trois communes limitrophes à savoir : Champey, Vittonville, Bouxières Sous Froidmont, jusqu’au 17 novembre 1957. Il décèdera le 8 janvier 1960 et repose dans l’église de Bouxières Sous Froidmont sous l’autel de Saint Joseph, au pied de la statue de Sainte Thérèse. Mobilisé le 19 octobre 1915 comme infirmier à la 6ème section à l'hôpital de Pont-à-Mousson, il fit toute la guerre comme aumônier militaire.

Il était recherché par les Allemands car ceux-ci l'accusaient d'avoir prévenu l'armée française car il avait vu le Kaiser, l'Empereur Guillaume II, dans le village de Bouxières Sous Froidmont (où plusieurs vestiges allemands existent encore dont des blockhaus très bien conservés). L'Histoire nous dit que le 5 septembre 1914, le Kaiser Guillaume II quitte la place de Metz pour se rendre à Bouxières sous Froidmont. Il vient galvaniser ses troupes qui se préparent à donner l'assaut de Sainte-Geneviève et leur fait savoir qu'il compte énormément sur elles pour parvenir à conquérir Nancy. Charles Balland, de la fenêtre de son presbytère, aperçoit le Kaiser et s’enfuit en direction de Vittonville… les Allemands à ses trousses. Il trouve alors refuge à Champey chez Hackenheimer.

Comme les Allemands recherchaient activement le prêtre, Jean Christoph le fait fuir par une porte dérobée donnant sur le jardin. Il soutiendra aux Allemands qui le questionnent par la suite qu'il n'y avait pas de curé chez lui. Les Allemands auraient alors fait déshabiller devant lui sa fille Marie Marthe Florence et brutalisée sauvagement...Jean Christoph les injuria alors dans leur langue. Les Allemands, surpris (il avait prétendu ne pas connaître leur langue) sont repartis et revenus ensuite avec un peloton pour le conduire à Metz comme otage civil...


A droite avec son vélo le curé Charles Balland en 1912
Tous les clichés de ce cadre ont aimablement mis à ma disposition par Roger Nota


Maison Lallemand bombardée

Soldats allemands au bain dans la Moselle à Champey

Second extrait du livre de Roger Nota

L'institutrice périt-elle dans l'incendie de l'école le 22 aout 1914 ?

Quand la guerre débuta, Marie Noémie Irma et Jean Christophe Hackenheimer (receveur des douanes) habitaient proche de la mairie école à Champey. Le matin du 22 août 1914, des uhlans arrosèrent ce bâtiment avec de l'essence avant d’y mettre le feu, on dit que l’institutrice était dans l’école et qu’elle aurait péri dans l’incendie…

Irma est décédée le dimanche 20 septembre 1914, très choqué par cet événement qui est survenu deux jours après la destruction sauvage de Nomeny par les Allemands (voir le récit ci-dessous). Sûrement avait-elle pensé que Champey allait subir le même sort et une peur terrible s’était emparée d’elle, une angoisse si forte qui la fera mourir presque un mois plus tard. Peut être aussi les allemands l’ont-ils brutalisé car beaucoup d’atrocités ont été commises par les envahisseurs à ce moment là.


Des civils posent devant la Mairie-Ecole incendiée par les Allemands le 22 aout 1914


Soldats allemands au même endroit

Extrait du récit de Monsieur Boursier propriétaire du Château de Champey en 1914

…La grande guerre fut pour Champey une rude épreuve. Envahi dès les premiers combats, puis dégagé par une contre–offensive de nos troupes, le village fut repris après quelques jours de bataille par les Allemands qui l’occupèrent jusqu’à l’armistice. Avec raison ils considéraient le Froidmont comme le premier éperon de la défense de Metz, et ils s’y cramponnèrent avec toutes les ressources de la guerre moderne.

Pendant plus de cinquante mois le village, et ses habitants, subirent à la fois le joug d’un ennemi implacable et les bombardements nécessaires des canons français du Xon et du Bois le Prêtre, lesquels firent quelques victimes civiles et détruisirent nombre de maisons. L’église, le château, le pigeonnier et la ferme furent parmi les bâtiments les moins endommagés, mais la ferme fut soigneusement détruite par les allemands avant leur départ.

Pendant l’été 1918, les Allemands, se rendant compte qu’ils ne pouvaient plus résister à la pression formidable des Alliés, et prévoyant en Lorraine une attaque qui les bousculerait irrémédiablement, voulurent au moins se débarrasser de la population civile et décidèrent de l’évacuer vers le nord. De l’avis de tous, cette opération se fit avec une telle brutalité, que le transport et le séjour en Belgique furent beaucoup plus pénibles à supporter que les quatre années d’occupation. Des troupeaux de bêtes auraient certainement été traités plus humainement que ce triste troupeau humain.

Systématiquement, et pour retarder le relèvement de la France victorieuse, « de l’insolente Nation », les Allemands avaient vidé le pays de tout bétail, de tout matériel agricole ou industriel, incendié la plupart des fermes, notamment celle du château de Champey, Quant aux terres, les tranchées et autres ouvrages de défense, l'absence de toute culture et de tout entretien pendant plus de quatre ans les laissaient dans le plus triste état.

Sans un instant de découragement devant un si gigantesque labeur, le cultivateur lorrain se mit au travail. Des hommes dévoués au bien public firent quelques conférences locales et organisèrent rapidement des sociétés coopératives de reconstitution et tout fut mené avec une telle ardeur, qu'en quatre années toutes les maisons de Champey étaient remises en état et le rendement des terres était en bonne voie d'égaler celui d'avant-guerre.

De son coté, le curé Balland ne fut pas inférieur à des charges écrasantes. Avec quatre paroisses à desservir, il arriva à rebâtir trois églises et deux presbytères entièrement détruits, à regarnir quatre sacristies, et à Champey même, avec l'intelligente collaboration du maire Henri Ruhlmann, il fit ajouter un clocher à l'église réparée, et dans ce clocher trois cloches nouvelles annoncent aux paroissiens les joies et les deuils de la vie, et leur rappellent la présence continue de Dieu, qui les voit et les protège…


Henri Rhulmann, maire de Champey 1914


Camp de prisonniers allemand à Champey

Le Froidmont

Butte témoin détachée des côtes de Moselle, le Froidmont, avec ses 394 m est depuis l'antiquité un haut lieu religieux et historique. Au Moyen-âge il se trouvait à la frontière des terres lorraines et messines. En 1153, les Messins subirent un échec en voulant prendre Mousson et durent se replier ici. Saint-bernard de Clairvaux, médiateur nommé par l'Archevêque de Trêves réussit à négocier un traité de paix. L'église élevée à la mémoire de ceux qui périr lors de cette bataille fut démolie en 1747 sur ordre de l'évêque de Metz, ses pierres servirent à la construction de l'église actuelle du village de Bouxières. Le Froidmont restera cependant un lieu de culte et de pèlerinage. A l'emplacement du choeur de l'ancienne église, une croix de mission s'érigea en 1827, puis, vînt une chapelle, détruite en 1914, accueillant l'effigie de Notre-dame de Froidmont. Le lieu, avec sa chapelle rétablie après la Grande Guerre, fut l'objet de nombreux pèlerinages jusqu'en 1973.

En 1871 la frontière franco-allemande a été matérialisée ici, sur les pentes du Froidmont, par des bornes dont certaines sont encore visibles aujourd'hui. La guerre était à peine déclarée que les Allemands occupaient ici le terrain sans attendre.

Le Froidmont surplombe la vallée de la Moselle de 200 m et commande toute la zone de Pont-à-Mousson. Il regorge d'ouvrages fortifiés. Les Allemands ont su mettre à profit l'emplacement faisant face à la colline du Xon et ayant vue directe sur Pont-à-mousson, Blénod, la colline de Cuite et le Bois le Prêtre. Les ouvrages bien construits, parfaitement défilés, sont remarquables par la qualité des faces arrières qui encadraient les zones de repos des soldats et par leur état de conservation, malgré le fouillis végétal qui les recouvrent et le sans-gêne de certains les ayant considérés comme des dépotoirs.

C'est depuis cet endroit que les batteries d'artillerie pilonnèrent sans cesse Pont-à-Mousson.

Les ouvrages de "repos" situés à l'arrière

Précision : Ces installations sont quasiment toutes situées sur le ban communal de Champey sur Moselle (Schreibstub, Grauer Bär), qui était village frontière à cette période.

L'abri, représenté ci-contre et ci-dessous, était nommé l'ours gris "Grauer Bär" et date probablement de 1915. Il comporte de nombreuses inscriptions dont l'une, très longue, semble rédigée en un dialecte assez différent de l'allemand classique. L'intérieur était peint en blanc et les murs comportaient de nombreux crochets.
Les clichés en noir et blanc proviennent d'un ouvrage emprunté il y a bien longtemps et dont je n'ai pas gardé, hélas, les références. Merci à son auteur que je salue ici en le priant de bien vouloir m'en excuser.

Ici, il s'agit d'un bâtiment vraisemblablement érigé en 1916 ayant pu servir de poste de secours.


Cette grande construction date de 1914. Faisant office de bureau "Schreibstube" elle est largement décorée

 


Le Schreibstube durant la grande Guerre

Les blockhaus avant

Sur les 3 clichés ci-dessous il s'agit des
ouvrages de tête placés au sud de la chapelle.

Cliché de droite, un des blockhaus surplombant la chapelle et la vallée de la Moselle.

Cliché de gauche, arrière de l'ouvrage à priori le plus au nord de la chapelle.

Tout ceci est difficilement accessible à ce jour, la végétation est dense et les ravins profonds. De plus la réouverture de carrière de calcaire et la construction d'une énorme piste d'acheminement pour la construction de la LGV-Est a récemment bouleversé le paysage.


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