Bois le Prêtre

plusieurs orthographes : le Bois le Prêtre ou encore le bois Le Prêtre


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Voir également la nécropole nationale du Pétant ainsi que les témoignages écrits de conducteurs de l'American Ambulance Field Service Leslie Buswell et James R. McDonell

Page de La Grande Guerre en Lorraine de Michel Jacquot, dernière m à j : mercredi, 15. février 2006


Les actions autour de Pont-à-Mousson

Après la bataille de la Marne, les Allemands cherchèrent à prendre à revers la 3e Armée du général Sarrail, qui se battait toujours devant Verdun, en passant la Meuse vers Saint-Mihiel. Ils attaquèrent prématurément le 8 septembre sur les Hauts-de-Meuse, entre Saint-Mihiel et Verdun, et tentèrent de prendre le modeste fort de Troyon doté d’une bien faible garnison de 250 hommes seulement. Mais avec sa vingtaine de canons bien approvisionnés, ses soldats opiniâtres et surtout son commandant adroit et déterminé, le capitaine Heym du 166e RI, les Allemands échouèrent. Ecrasant le fort de leurs gros canons venus spécialement de Metz, puis attaquant avec deux bataillons, ils ne purent dépasser le pont-levis et se replièrent en perdant 600 hommes, tués ou blessés, dont un général. La 73e DI, en attente devant Toul sur le plateau de Haye, fut amenée par chemin de fer à Saint-Mihiel d’où quatre bataillons attaquèrent le fort le 12 septembre 1914. Ils  battirent les Allemands qui reculèrent au pied de Hattonchâtel en abandonnant deux pièces de 305. Le fort de Troyon restera inviolé jusqu’à la fin de la guerre.

Les Allemands réussirent alors plus au sud en s’emparant de Saint-Mihiel et de son fort du Camp-des-Romains, se dotant ainsi d’une tête de pont sur le fleuve. La 73e division, repartie sur le plateau de Haye, contre-attaqua de son propre chef, le 20 septembre en assaillant l’ennemi sur son flanc sud. Le général Lebocq, initiateur de cette offensive, eut des mots avec Dubail, commandant la 1ère armée, qui aurait aimé retirer toute la gloire de cette réussite. Une vive réaction, du XIVe corps d’armée allemand, rejeta dans un premier temps la 73ème sur la ligne Martincourt-Bernécourt mais la division Lebocq repoussa à son tour l’ennemi sur six kilomètres de profondeur. Le 168ème R.I attaqua Mamey et la forêt de Puvenelle. Le 367ème R.I attaqua le plateau de Lironville où il subit d'énormes pertes. Le 25 septembre, les Allemands se replièrent, commencèrent à creuser des tranchées, la guerre de position débuta. A l'ouest, vers Flirey, le 16ème corps du général Taverna arriva en renfort. Il déclencha les opérations de Bouconville à Flirey. Dans l'action, le célèbre champion sportif Jean Bouin, du 163ème R.I fut tué près de Xivray le 29 septembre. Les 31ème et 32ème D.I attaquaient le Bois de Mort-Mare tandis que la 73ème D.I attaquait le Bois le Prêtre. Du 22 au 25 septembre 1914,la 73ème DI perdra 3 500 tués ou blessés, essentiellement par les tirs de mitrailleuses, mais elle reprendra Flirey, Limey, Lironville, Mamey et l'obligera à s’abriter aux Bois-le-Prêtre. A la même période, d'autres combats se déroulèrent autour de Pont-à-Mousson pour la possession du Signal du Xon.

(D'après "Témoignage d’un soldat de la 73e division d’infanterie" de  Maître Charles François , notaire à Pont à Mousson et Colonel de réserve)

La prise de position sur les lisières sud et est du Bois-le-Prêtre

Le 26 septembre, la brigade mixte de Toul prend pied dans les bois du Pouillot (Glauriocôte), 2 500 m à l’ouest de Montauville et 1 700 m sous la Croix des Carmes ; puis une section du 167e prend le mamelon Vert et une compagnie du 47e RIT conquiert celui de Vide-Bouteille. Octobre est relativement clame, les âpres batailles du plateau de Haye ont marqué les deux camps. Cependant, les Français continuent d’avancer doucement à la sape, c’est-à-dire en avançant avec la tranchée en éboulant le front de taille vers l’avant,  au milieu des taillis de Gloriaucôte et de la Fontaine des Cerfs, (au-dessus de ce que l’on nomme la pisciculture mais qui n’en est plus une), lors de cette avance les Allemands ne réagiront pratiquement pas. Après avoir doubler le champ de tir de la garnison de Pont-à-Mousson, le contact, avec un ennemi bien organisé, a lieu le 27 octobre.

Le 29, à l’aube, une section du 167e RI s’empare sans aucune perte d’un solide poste allemand à la corne du bois au-dessus du cimetière actuel du Pétant. Le 30, les unités françaises attaquent sur toute la ligne « Quart en réserve » jusqu’au « mamelon de Vide Bouteille » et s’emparent des bordures sud-est de la forêt du Bois-le-Prêtre.

Le 1er novembre, un bataillon du 167e les premières maisons du « Haut-de-Rieupt » en rencontrant une forte résistance mais cette position sera conservée durant tout novembre. Jusqu’à cette date, les règles traditionnelles de combats semblent avoir été respectées et, avec des positions fermement tenues par les Français, les Allemands étaient bloqués sur place mais prirent le temps de se retrancher sérieusement.

(D'après "Témoignage d’un soldat de la 73e division d’infanterie" de  Maître Charles François , notaire à Pont à Mousson et Colonel de réserve)

Les actions au Père Hilarion

Fin novembre 1914, les Français sont arrêtés par un redan de la ligne allemande disposé en travers du vallon où coule le ruisseau du Père Hilarion. Les Allemands avaient établis devant leurs positions des chablis et de solides réseaux de fil de fer. De même, ce mois de novembre leur avait laissé le temps de s’établir solidement et confortablement, tranchées et abris étaient garnis de matelas, couvertures et mobilier pris dans les villages des alentours.

Sept bataillons de la 73ème attaquent ce saillant le 7 décembre, épaulés par une artillerie de récupération, qu’ils mettent eux-mêmes en position à l’extrémité de la tranchée de Pont-à-Mousson. A part les canons de 155 de la division, le matériel mis à disposition se révèle être six vieux canons de Bange de 90, amenés de l’arsenal de Toul, l’un sera placé à vingt mètres d’un poste de mitrailleurs allemands, et huit mortiers bronze de 15 cm datant de Louis-Philippe. Préalablement, dans la nuit du 6 au 7, les sapeurs avaient placés des charges de mélinite sous les abatis adverses.

Le 7, à 8 heures du matin, l’attaque est déclenchée, elle a pour résultat de faire reculer les Allemands de 300 mètres. Il en sera de même les 8 et 9 décembre, ce jour là, les premiers hommes, 23e compagnie du 353e RI, atteindront la maison forestière. Les Allemands, dépossédés du Père Hilarion, s’empressèrent de franchir, avec le minimum de perte, la tranchée forestière menant au Haut-de-Rieupt, [probablement la route du Père Hilarion NDLR] endroit dangereux battu copieusement par les mitrailleuses françaises et une pièce de 90, placées au carrefour au-dessus de la sapinière.

Les 9 et 10 décembre, la 73ème DI poursuit son avancée dans cette partie du Haut-de-Rieupt et enlève les premières lignes allemandes de Bois-Munier, défendues pied à pied par des unités ennemies plus solides.

Ce repli des Allemands, précipité par les tirs de flanquement, prend un air de débâcle ; l’ennemi se disperse dans les taillis du Bois-de-la-Ville, vers Norroy et Villers-sous-Prény. On aurait pu croire, à ce moment, le Bois-le-Prêtre à la merci des Français. Mais il n’en était rien, les Allemands qui s’étaient défendus avec énergie jusqu’au Père Hilarion, puis s’étaient dispersés rapidement plus au nord, cachaient probablement un piège. Les Français, déconcertés par un comportement aussi étrange, prirent le temps de réfléchir à la suite à donner et se donnèrent quelques jours de répit afin de récupérer de ces six jours de combats difficiles. Aux environs du 20 décembre, des patrouilles françaises retrouvent les Allemands établis à la crête du Bois…

Ces combats du Père Hilarion, guerre de sous bois et de tranchées, montés avec minutie par le général Lebocq, ont été un grand succès et démontraient une nette supériorité française sur un adversaire réputé pour sa suprématie en la matière. Durant ces journées, la 73ème DI aura avancé de 1 500 m sur un front de 4 Km ce qui nous oblige, eu égard à ses faibles moyens en artillerie et à la difficulté d'un terrain en forte pente vers le haut duquel se tenait l'ennemi, à témoigner une admirative gratitude à ces brillants soldats.

(D'après "Témoignage d’un soldat de la 73e division d’infanterie" de  Maître Charles François , notaire à Pont à Mousson et Colonel de réserve)

Conquérir le sommet

« Du mois de décembre 1914 au mois de mai 1915, ce ne sont qu’attaques, contre-attaques, corps à corps, explosions de mines, éclatements de bombes et de grenades. Nous avançons, nous reculons, nous avançons de nouveau, et des trésors de courage, de patience et de sang s’épuisent dans ce long piétinement. » Ces mots poignants de Raymond Poincaré, traduisent toute la grandeur et la misère des combats du Quart en réserve : la véritable bataille du Bois-le-Prêtre. Chaque parcelle du terrain a reçu le sang de ces braves et le sol y a été labouré et remué maintes fois. Ici, certains éléments de tranchées ont changé quinze fois de main. Sur les autres de champ de bataille de la Grande Guerre, y compris Verdun, il est exceptionnel de trouver un secteur de combat où la lutte fut si opiniâtre.La bataille pour le haut du bois dura plus de 8 mois, 8 janvier - 15 août 1915. A quelques exceptions près : opérations discontinues sur les Haut-de-Rieupt, à Fey-en-Haye et à Régniéville, la bataille fut ciblée sur la crête passant le « Quart en réserve » et l’éperon qui le prolonge vers l’ouest ;  soit un front de moins de 1 500 mètres de longueur sur une profondeur de 600 mètres, allant de la route de Fey à Norroy [qui n'existe plus vraiment aujourd'hui dans sa partie sud ouest NDLA] à la tranchée forestière de Fey. Dans ce fameux Quart en réserve, dix-huit régiments français d’infanterie perdront beaucoup d’hommes et les Allemands subiront des pertes équivalentes. « Y avait-il véritable utilité à la possession de la ligne de crête ? En toute impartialité, il faut convenir que non. Sa conquête ne nous aurait permis que des vues très étriquées sur les massifs forestiers Venchères Grand-fontaine, où les Allemands pouvaient se retrancher dans d’excellentes conditions. Aucun des deux adversaires, s’il avait pu s’assurer de la totalité du Bois-le-Prêtre, n’aurait obtenu des vues meilleures que celles qu’il possédait déjà, non plus que des positions de batteries plus favorables. L’état-major de l’armée en a décidé autrement, escomptant que l’effet moral de la perte du Quart ferait craquer tout le front allemand devant Thiaucourt ; espoir naïf, qui n’avait sa raison d’être que dans les exemples de la guerre en dentelles. »

(D'après "Témoignage d’un soldat de la 73e division d’infanterie" de  Maître Charles François , notaire à Pont à Mousson et Colonel de réserve)


Le ravin des cuisines

Déroulement des actions au « Quart en réserve »

Le terme vient probablement du Code des Forêts qui impose aux communes de diviser leurs bois «de manière à toujours garder un quart en réserve pour les besoins extraordinaires, le reste servant aux distributions annuelles d'affouage.»

Dans de nombreux bois on retrouve une parcelle portant ce nom.

« Il existait, au Quart en réserve, trois grandes lignes de défense allemandes, en négligeant les tranchées accessoires :

- la ligne des A et des Z ;

- les lignes 8, 9, des L et des G ;

- la ligne des C ;

 -------------------------------- Les tranchées françaises étant établies à une centaine de mètres des tranchées allemandes depuis le début du mois, la 2e compagnie du 168e ouvre les hostilités le 8 janvier 1915 en enlevant l’ouvrage A5 sur la lisière ouest du Quart. Les 17 et 18 janvier, le 168e et le 353e enlèvent  la ligne des A et la ligne des P ; cette dernière est reprise par l’ennemi le 20, et sert d’enjeu à de sanglants combats qui dureront six semaines. Le 1er mars, le bataillon Chaumont enlève en lisière l’ouvrage BI ; les Allemands réagissent pendant quinze jours par dix fortes contre-attaques, sans résultat d’ailleurs. Le 15 mars, les Allemands font sauter cinq fourneaux de mines à la Croix-des-Carmes, sous la ligne des Z ; le 3e bataillon du 167e, capitaine Pierrard, réoccupe notre tranchée dans l’après-midi. Pendant tout le reste du mois, activité intense de bombes aériennes et de mines souterraines. Deuxième phase de la bataille, la 73e division attaque pour soutenir les opérations de la 1ère armée sur la hernie de Saint-Mihiel. Le 30 mars, à 8h45, le 167e, colonel Etienne, s’empare d’une partie de l’éperon hors bois et de la ligne des 8 ; réaction très violente de l’ennemi. Le lendemain, le 5e bataillon du 346e, commandant Rozier, atteint la ligne C ; le lieutenant Devernois, du 167e réussit  un brillant fait d’armes au secteur hors bois. A 21 heures, cinq compagnies du 169e, sous le commandement du lieutenant-colonel Mondain, enlèvent le village de Fey-en-Haye. L’attaque, ainsi fort bien engagée, ne peut plus néanmoins progresser, malgré nos efforts acharnés, parce que les batteries de 155 qui l’appuyaient sont retirées du secteur. Et cependant, le 10 avril, le bataillon Wirtz, du 356e et la compagnie Maix, du 169e réussirent une brillante progression au secteur hors bois. Nous nous arrêtons alors pour souffler, en même temps que la 1ère armée ; « souffler » est une expression imagée, car nous aurons en dix-huit jours à repousser neuf attaques allemandes. Troisième phase de nos attaques : le 1er mai, le 168e, commandant Le Roy, enlève la ligne des 9 ; le 12 mai, en fin de journée, le 169e atteint la ligne des C, mais une violente contre-attaque le ramène en arrière. Le 15 mai, à 5 heures, l’ennemi attaque sur l’éperon hors bois, après avoir fait sauter quatre fourneaux de mines ; après diverses alternatives, le 353e maintient ses positions ; dans l’après midi, le 167e et un bataillon du 169e prennent la ligne des C. La bataille est alors d’une activité prodigieuse, et il ne se passe pas de jour sans attaque de part et d’autre, appuyées par de multiples engins. Le 27 mai, le 167e et 367e atteignent la route de Norroy, que nous perdons puis reprenons le 30 mai (167e et 356e), et perdons encore le 1er juin. Enfin, le 8 juin, nous attaquons dans le secteur de la Croix-des-Carmes, après avoir fait sauter sept fourneaux de mines et exécuté un tir d’artillerie de 90 minutes ; le commandant Rozier, avec le 3e bataillon du 167e et le 5e bataillon du 346e, s’empare de trois lignes de tranchées ennemies. Pour la première fois depuis le mois de janvier, les Allemands ne réagissent pas. Nous avons l’impression de les avoir lassés, d’arriver à nos fins. Mais, infidélité du dieu Mars, la Division reçoit dès le lendemain l’ordre de s’en tenir à une stricte défensive, et, pour plus de sûreté, on lui retire une grande partie de son artillerie ; les 167e, 168e et 169e RI quittent le secteur et sont remplacés par la 16e division d’infanterie coloniale. L’ennemi, surpris par l’arrêt brusque de l’offensive, se ressaisit ; pendant les trois dernières semaines de juin, il écrase nos positions  sous les projectiles, nous faisant perdre 1000 hommes, tués ou blessés, et ne nous laissant pas le temps de réparer nos tranchées. Le 4 juillet, une puissante attaque allemande permet à nos adversaires de reprendre la majeure partie du terrain que nous avions acquis avec tant de peine depuis six mois. Ce n’est plus qu’un chaos, où les trous d’obus se touchent, où l’on ne distingue plus les tranchées, mais nous y laisserons le souvenir de tant d’héroïsme que la perte de ces quelques centaines de mètres de front est pour tous les Loups du Bois-le-Prêtre un douloureux arrachement. Le 8 juillet, les Allemands attaquent encore de part et d’autre de la tranchée forestière des Carmes, et progressent vers le Père Hilarion ; le jeu des contre-attaques, limite leur avance à 100 mètres de profondeur. Jusqu’au 15 août, ils prononceront encore une dizaine d’attaques partielles, mais sans résultat.

Puis c’est fini : cette époque violente sera, pour l’un comme pour l’autre des belligérants, sans profit et sans lendemain ; tant de morts et tant de souffrances n’auront servi que la grande cause du devoir. Mais les survivants garderont la conscience d’un effort prodigieux, et cela leur servira jusqu’à la fin de la guerre ; au Bois-le-Prêtre, ils étaient allés jusqu’à la limite des forces humaines. »

(D'après "Témoignage d’un soldat de la 73e division d’infanterie" de  Maître Charles François , notaire à Pont à Mousson et Colonel de réserve)

Après la tempête, vînt la période "calme"

Les derniers mois de 1915 verront encore quelques violentes attaques qui ne seront pas totalement exploitées. Jusqu’à la fin de la guerre, il n’y aura plus que de petits mouvements intermittents, patrouilles,coups de mains, et des bombardements, toujours sérieux et visant uniquement les premières lignes.

Les boyaux ennemis, suite aux combats, sont très proches, à 10 mètres quelquefois, et les combattants des deux camps peuvent s’entendre parler ou fredonner. En plusieurs endroits, les sentinelles sont protégées des jets de grenades par des grillages, surnommés communément « cages à poules ». Mais malgré cette relative tranquillité, il y a toujours de nombreux tués, soit parce que tout tireur à de bonnes chances de faire mouche, des tireurs d’élite allemands s’en donneront à cœur joie sur les porteurs d’eau de la fontaine du Père Hilarion distante de 1 Km environ. Aussi et surtout, car on se provoque en duels au moyen de sournoises grenades à fusil, de mines en formes de tuyaux de poêle, qui voltigent en l’air comme de curieux bâtonnets de jongleurs et surtout de terribles torpilles de 240 mm, qui transforment un abri et ses occupants en une masse boueuse.

De 1916 au début de l’été 18, neuf divisions françaises se relayeront sur le secteur dont les lignes sont maintenant figées. Une division américaine viendra les remplacer lors de l’été 18 et un beau matin de septembre, elle découvrira le retrait des troupes allemandes parties à 4 Km, dans la forêt des Venchères entre Vilcey sur Trey et Viéville.

Le Bois-le-Prêtre aura été reconquis sans un coup de feu……….

Les combattants

 Ce qui m’a le plus frappé chez mes excellents camarades de la 73e division, c’est l’application, la conscience, voire même la passion qu’ils apportaient à l’exercice de leur devoir. Sur aucun autre point du front, sinon à Verdun, je n’ai trouvé un pareil souci minutieux d’organisation,  une semblable solidarité dans la défense des moindres morceaux de tranchées, une aussi grande volonté de tenir à tout prix. Peut-être entrait-il dans cet état d’esprit quelque sentiment de piété douloureuse pour ce bois sacré où tant de combattants sacrifièrent leur jeunesse. Nous avons appelé plus haut quelques paroles de Raymond Poincaré ; nous ne saurions mieux terminer cet aperçu que par une nouvelle citation de notre éminent compatriote : De toutes les visions d’horreur que la guerre m’a offerte, c’est au Bois-le-Prêtre que j’ai peut-être vu les plus effroyables. J’y suis allé plusieurs fois, et j’y ai vu aux premiers jours d’hiver nos soldats merveilleux d’endurance au milieu de l’humidité et de la boue. Mais la visite qui m’a laissé le souvenir le plus ému, je l’ai faite un jour d’été, par une chaleur torride, alors qu’à la lisière du bois les mouches bourdonnaient autour des cadavres couverts de branchages, et que le soleil dardait sur les tranchées des rayons que ne tamisaient pas les arbres dépouillés par la pluie des obus. Je montai jusqu’aux premières lignes, en suivant les boyaux où la température était celle d’une fournaise, et je trouvai, derrière les créneaux,  des hommes, qui au milieu des blessés non encore évacués et des morts non ensevelis, veillaient tranquillement à la sécurité de la position. C’étaient des soldats de cette 73e division d’infanterie qui a si vaillamment défendu Pont-à-Mousson jusque dans le courant de 1915. Ils étaient là, debout, attentifs, le regard fixe, indifférents à tout, sauf à leur consigne et à leur devoir, véritable image de la patrie aux aguets. »

Hommage qualifié, hommage déférent, hommage mérité, aux combattants du Bois-le-Prêtre, auxquels les Allemands ont si justement donné le nom de Loups.

(D'après "Témoignage d’un soldat de la 73e division d’infanterie" de  Maître Charles François , notaire à Pont à Mousson et Colonel de réserve)

Cadre géographique


Vue panoramique de Pont-à-Mousson et des côtes ouest depuis Mousson

Le Bois le Prêtre est un massif forestier de 800 hectares, au nord-ouest de Pont à Mousson, dominant à l’est la vallée de la Moselle, s’avançant en pointe vers le plateau de Haye; son point culminant est à la Croix des Carmes, 372 mètres, à peu près l’altitude de la colline de Mousson, de l’autre côté de la Moselle.

Ce fut l’un des points de friction les plus notoires dans la guerre de position en1915, avec l’Argonne, les Eparges, la forêt d’Apremont et l’Hartmannswillerkopf ; sur ce front étroit, il a été engagé en dix mois 132 actions, offensives ou défensives ; les pertes ont été effroyables : 7083 morts du côté français, 6982 morts du côté allemand.
(D'après "Témoignage d’un soldat de la 73e division d’infanterie" de  Maître Charles François , notaire à Pont à Mousson et Colonel de réserve)

Les combats du Bois-le-Prêtre


Creusement de tranchées

(Cliché photographique American Ambulance Field Service)


Carte du champ de bataille
(synthèse d'une carte parue dans les années 20 à la
Librairie Rousselle Pont-à-Mousson et la carte au 1/25 000 IGN 3314 EST)


L'hiver au Bois-le-Prêtre
(Collection personnelle de Dominique Bac)

Ancien boyau allemand au Bois-le-Prêtre

(Collection personnelle de Dominique Bac)

En septembre 1914 la Woëvre fut envahie par le XVIème corps d'armée prussien venu de Metz tandis que le 6ème armée impériale allemande attaquant par l'est tentait d'atteindre la Moselle.


Les évolutions du front de 1914 à 1918 dans la région de Pont-à-Mousson

(Source de la carte : Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre)


Ambulance américaine à la ferme St-Pierre
(Cliché photographique American Ambulance Field Service)


Chemin d'accès au Bois-le-Prêtre (coté français)

(Cliché photographique American Ambulance Field Service)

Stabilisé, le front devint un lieu d'affrontements continuels. D'octobre 14 à 1916, les Français menèrent des assauts sans cesse renouvelés où périrent des dizaines de milliers d'hommes. Grenades, artillerie lourde, gaz, liquides enflammés, tout fut employé dans les deux camps. Les bois furent dévastés, rasés au sol, les villages furent détruits. Plusieurs, Fey, Regniéville, Reménauville disparurent sous les bombardements. L'arrière des lignes se couvrit de troupes, de dépôts de munitions, de cimetières militaires, de camps de cabanes en bois pour loger hommes et chevaux.

En 1915 la Ière armée déclencha une vaste offensive qui dura d'avril à juin. Les français progressèrent au Bois le Prêtre et au Bois de Mort-Mare. L'année s'écoula en combats incessants.

L'infanterie de la 73ème D.I devînt célèbre sous le nom des "Loups du Bois le Prêtre".

(Source de ce texte : Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre)


Lance grenade français dans une tranchée de première ligne

(Cliché photographique American Ambulance Field Service)

Les nécropoles françaises du Bois-le-Prêtre et du Bois de Mort-Mare

Durant la Grande Guerre les soldats morts sur le front sud du saillant furent ensevelis dans de nombreux cimetières, Lironville, Flirey, Noviant aux près etc.. tandis que les blessés décédés à l'hôpital militaire de Toul furent enterrés au cimetière de Choloy-Ménillot.

A Montauville les brancardiers de la 73ème D.I créèrent un cimetière pour déposer les morts du Bois le Prêtre. après la guerre, lors de la restitution des corps aux familles, de nombreux petits cimetières militaires e l'ancien front furent supprimés. Seules subsistèrent 5 nécropoles accueillant les dépouilles mortelles non réclamées. Agrandies et aménagées en 1924 elles devinrent nationales. Les opérations de regroupement durèrent de 1920 à 1938.

Des travaux d'embellissement eurent lieu grâce à la loi de finances du 11 juillet 1931. Le ministère des pensions fit construire de nouveaux portails, des ossuaires avec frontons, poser un mât aux couleurs. Sur les tombes, les emblèmes de bois furent remplacés par d'autres de deux types, croix et stèles, réalisés en ciment et portant des plaques individuelles métalliques. Les stèles étaient de 3 sortes, musulmane, israélites et libre-penseur. Des plantations d'arbres, de haies, de rosiers poussèrent. Des monuments s'édifièrent à Montauville, Lironville et Choloy dédiés aux morts du Bois le Prêtre.

 

superficie en m²

Combattants de 1914-1918

Combattants de 1939-1945

Ossuaires

Choloy-Ménillot

15 000

1926 Français

144 Alliés

9 Français

 

Flirey

27 720

4379 Français

28 Alliés

 

1

Lironville

1 985

416 Français

 

1

Montauville

62 049

5 199 Français

1 Serbe

8 200 Français

420 Soviétiques

12 Polonais

4

Noviant-aux-Près

16 042

3 404 Français

7 alliés

 

2

 Ces 5 nécropoles sont entretenues par le Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre.

 (Source : Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre)

Témoignages

"Pour préparer l'attaque, nous creusions des boyaux avec une rapidité telle qu'en moins d'une semaine nous étions arrivés à 10 m des tranchées allemandes. C'est vous dire qu'on échange des politesses, à savoir des grenades à mains."

"Anecdote" rapportée par le lieutenant J... lettre de 1915 - La Croix des Carmes - Jean Variot - Berger-Levrault 1916

"Elle, (une lettre) est tombée à nos pieds ficelée à un gros caillou. Elle disait : "Nous savons que nous avons devant nous les loups du bois Le Prêtre, et que vous voulez la Croix des Carmes. Venez donc la  prendre". Ils n'avaient pas tort de nous appeler les loups du bois Le Prêtre, ce dont nous sommes très fiers."

La Croix des Carmes - Jean Variot - Berger-Levrault 1916

Le Saillant de St Mihiel

La tentative d'encerclement de Verdun, objectif majeur des Allemands pour saper le moral français, se solda par un échec grâce, notamment, à la résistance du fort de Troyon.
Cependant il en résultat le Saillant de St-Mihiel dont le Bois-le-Prêtre fut l'un des hauts de résistance.

Le Bois-le-Prêtre,

(Source des cartes : Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre)

(Source : Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre et ONF)

La colline du Bois-le-Prêtre, où la Croix-des-Carmes culmine à 327 m d'altitude, surplombe la Moselle au nord-ouest et face au signal du Xon.

Les Français, 128ème D.I et surtout 73ème D.I de Toul du général Lebocq, seront face aux 37è et 46è I.R du général von Strantz.

La zone fut investie dès septembre 14 par les Allemands. Les Français reprendront la lisère sud en novembre et le Père Hilarion en décembre.

Le sommet de la côte fut le théâtre  de furieux combats (essentiellement du 8 janvier au 15 août 1915). Le front ne mesurait pas plus de 1 500 m de large sur 600 de profondeur. Les points forts étaient la Croix-des-Carmes, le Quart-en-Réserve du bois de Fey et la zone du Père Hilarion.

Les crapouillots et les mortiers de tranchées prévalaient sur l'artillerie traditionnelle dont les tirs tendus ne permettaient pas d'atteindre les tranchées adverses, très proches On eut recours, ici également, à la guerre des mines comme aux Eparges ou à Vauquois.

En moins de 8 mois, 7 000 soldats français, soit près de 1 000 par mois, périrent. 22 000 furent blessés, les Allemands eurent des pertes similaires.

Les combats les plus âpres s'y déroulèrent, Raymond Poincaré dira "de toutes les visions d'horreurs que la guerre m'a offerte, c'est au Bois le Prêtre que j'ai vu les plus effroyables"

Les Allemands l'appelaient Priesterwald mais le surnommaient Wittenwalden (Witwenwald), "Bois des veuves...." ou Hexenkessel "Chaudron de sorcière...."

Le lieu-dit "la Croix de Carmes" ainsi que la fontaine et la maison forestière du Père-Hilarion sont les symboles majeurs de ce carnage.

Le Quart en réserve


En mars 1915 ravagé
par l'artillerie française

(Dessin de C Rollin Imp. Vagner 1940)

Couverture d'un illustré paru pendant la guerre

La 73ème Division d'Infanterie de réserve

La bataille fut conduite du côté français par la 73e division d’infanterie, basée à Toul, à la tête de laquelle se trouvait chef éminent, le général Lebocq à qui l’on reprocha de nombreuses attaques infructueuses. Ces griefs sont mal venus sachant que, d’une part il n’a fait qu’exécuter les ordres formels de la 1ère armée du général Dubail et que par ailleurs, économe de la vie et des souffrances de ses hommes, il ingérait inlassablement dans la mise au point des directives d’attaques pour en limiter les risques. Un exemple, Joffre fit connaître à Lebocq le 29 mai 1915 son vœu de voir enlevé le Quart en Réserve « à tout prix » lors de l’attaque prévue le lendemain.Au début des combats, elle fut confrontée aux 37e et 46e régiments d’infanterie, dépendant du Ve corps allemand, de Posen ; sous le commandement du général von Strantz qui fonda ultérieurement une modeste université à Conflans-Jarny destinée à ses soldats. Cela lui valut après la guerre un fauteuil à l’Académie littéraire de Berlin.

Cette division appartenant à la Ième armée française comportait beaucoup de lorrains du Toulois. Ces hommes, habitués à la vie rude du paysan lorrain, connaissaient parfaitement le terrain. La division commandée par le général Lebocq comportait 3 brigades composée en août 14 de la manière suivante :

145è brigade de réserve

Colonel Nansouty

364, 353 et 356 R.I

165è brigade de réserve

Colonel Malaguti

367, 368 et 369 R.I

Brigade mixte

Colonel Riberpray

167, 168 et 169 R.I
ces régiments comportaient 2 bataillons chacun et la brigade mixte, incorporée jusqu’en juillet 1915 à la 73e DI deviendra à cette date la 128e division

 

Les Loups du Bois-le-Prêtre et l'insigne de la 73ème Division

Ce sont les Allemands eux-mêmes qui semblent avoir surnommés les combattants français. On trouve dans le livre "Hommes et ouvrages de la ligne Maginot ", Tome1 de Jean-Yves Mary et Alain Hohnadel : "Après les combats du Bois-le-Prêtre (du 27 septembre 1914 au 18 juin 1915), les Allemands baptisent "loups" leur glorieux adversaires de la brigade de Toul (167e, 168e et 169e RI) et de la 73e DI. (Y Laffont)"

Dans cet ouvrage et toujours de la même plume on trouve "Après ces combats, la brigade de Toul entre dans la formation de la 128e DI. Le général commandant cette division adopte alors pour insigne une tête de loup entourée d'un cercle de lauré"


Un dessin de l'insigne de la 73è D.I
"Les loups du Bois-le-Prêtre"


L'insigne de la 73è D.I
"Les loups du Bois-le-Prêtre"

Ci-dessus deux clichés dus à S Greffe sur http://identifikator.free.fr/ins168.htm

L'immédiat après guerre

La visite du champ de bataille, après la guerre, frappait par l’exiguïté des secteurs de combat. Montauville, village tout proche, ne fut pas évacué de ses habitants et de nombreux vieux murs, belles futaies et autres objets du voisinage ne souffrit pas car la bataille fut concentrée au sommet du bois où elle anéantit la moindre parcelle. Étrangeté de ces combats de 1915 ; on vivait normalement à un jet de pierre des premières lignes, Raymond Poincaré distribuera des croix sur la tranchée forestière de Fey et en 1916 on verra Sarah Bernhard Père-Hilarion. Ceci s’explique peut-être par le fait qu’il s’agissait essentiellement d’une guerre entre fantassins, 63 artilleurs périrent sur 7000 combattants, qui se battaient sauvagement à coups de crosses, à coups de couteaux, à coups de n’importe quoi.

Les vestiges encore visibles

Après plusieurs décennies de stérilité, aujourd'hui le champ de bataille est redevenu forêt ou champ de maïs.
Mais au pied de la Croix subsiste toujours une infime parcelle de ce que fut cet enfer. Sur à peine quelques hectares, les tranchées sont encore visibles, les chevaux de frises sont toujours aussi acérés et les sapes laissent voir leurs gueules béantes.

Attention il est DANGEREUX de s'y promener, ne pas laisser les enfants y aller seuls et ne pas s'écarter des sentiers.

On trouve également l'embase maçonnée d'une cellule de guet, à l'époque elles étaient surmontées d'une cloche métallique dont l'une subsiste au Pétant.

Piquet "queue de cochon" que l'on retrouve encore aujourd'hui assez  couramment dans les clôtures de nos près.

Chevaux de frise

Pointes toujours acérées, 88 ans après

Barbelés, quelle chance avaient-ils de passer à travers sans dommage ?

Tranchées

     

  sur ce cliché on voit encore parfaitement les chicanes destinées à limiter les risques des tirs en enfilade.

Le sol, témoin des combats

Là où les villages détruits, à Regniéville et Reménauville n'ont pas été reconstruit, ou pas au même endroit, sur le site de ancien village de Fey-en-Haye par exemple, subsistent aujourd'hui quelques fleurs qui en ornaient les jardins : dames de 11 heures, ancolie, lilas ou encore la pervenche.

D'autres plantes sont apparues telle cette petite fleur, "l'herbe aux yeux bleus" provenant de la côte atlantique et ramenée probablement par les soldats américains avec le fourrage de leurs chevaux.

La borne du Bois-le-Prêtre

Ces bornes jalonnent tout le front de la Grande Guerre. Placées le plus près possible des anciennes lignes allemandes elles signent les points importants du front.

Toutes identiques, hormis le bandeau précisant le lieu, elles représentent :

- le casque Adrian 1915

- le bidon français à la forme singulière

- le masque à gaz 1917

- deux grenades offensives

Le reboisement de certaines forêts

Certaines forêts de feuillus entièrement détruites par la Grande Guerre ont été replantées en résineux. Les forêts domaniales du Front-de-Haye, des Hauts-de-Mad et du Bois-le-Prêtre ont été reboisées par l'Etat afin de fournir du bois rond (les forestiers craignaient une pénurie suite à la révolution russe de 1917). Cela explique pourquoi certaines zones de combats subsistent par leur vestiges alors qu'ailleurs tout a été nivelé et remis en culture.

La chanson du Bois-le-Prêtre
Cette chanson est extraite d'un cahier de ma grand-mère, enfant de Montauville, à qui je rends un affectueux hommage. Née en 1911 elle a vécu la Grande Guerre et bien qu'elle ne fut qu'une jeune enfant à cette époque, ses souvenirs étaient terriblement présents.

Le Bois-le-Prêtre

1er couplet

Pont-à-Mousson, brave cité lorraine

avait un bois renommé de partout

Qui souvent pour les Mussipontaines

Et les garçons un charmant rendez-vous

On l'appelait le joli Bois-le-Prêtre

quand cette guerre vint amener chez-nous

l'Empereur allemand qui crut être le maître

Le mit sans dessus dessous.

1er refrain

Et sa canonnade, éventra nos promenades

Mais ses obus, ses grandes, ne nous faisaient pas peur

C'était pour la France, c'était pour la délivrance

Que nous avions l'espérance

D'être les vainqueurs.

2ème couplet

Le chef du 369ème, dit à celui du 5ème bataillon

Vous êtes ici pour la lutte suprême

Il vous faut prendre le Père Hilarion

C'est entendu gonflez vos cartouchières

A moi les gars, dit-il à ses poilus

Je compte sur vous, faut pas faire de manières

Mort aux casques pointus

2ème refrain

Quelle marmelade, c'était une vraie salade

Les Boches criaient "Kamarades", les mains à genoux

Mais une voix nette chargez à la baïonnette

La fontaine prise de la fête

Etait bien à nous

3ème couplet

Les 75 d'une voix merveilleuse

Dont le concert assurait le plain chant

Accompagnés par nos petites mitrailleuses

Nos Crapouillots suivaient le mouvement

A chaque obus dans leur tranchée les Boches

Comme des fous fuyaient épouvantés

Mais nos Lebel fauchaient tous ces alboches

Dans le fond des fossés.

3ème refrain

Et l'artillerie, le génie, l'infanterie

Dans ses tranchées bien blottis, prêts à s'élancer

La pipe à la bouche, nos territoriaux farouches

devaient porter les cartouches

Aux troupes engagées.

4ème couplet

Pont-à-mousson malgré tous tes tourments

Malgré tes deuils et malgré tes misères

sous les obus tu restes calme et fière

Et ton devoir tu le fais simplement

Au jour prochain, jour de la délivrance

Au jour bénit, jour qui ne peut tarder

tu recevras les saluts de la France

Tu l'as bien mérité

4ème refrain

L'aigle germanique

Plumons-le à coup de trique

De l'Empereur et de sa clique et de tous ces bandits

Supprimons la race, et qu'il n'en reste plus trace

allons, Alliés, point de grâce

Purgeons le Pays

Un poème de guillaume Apollinaire où il parle du Bois-le-Prêtre

Ecrivain et poète français, de son vrai nom Wilhelm Apollinaris de Kostrowitzky, Guillaume Apollinaire fut blessé en 1916 et mourût de la grippe espagnole en 1918 avant l'armistice à l'âge de 38 ans.

Poèmes divers
Les villes sont pleines d'amour et de douleur
Deux plantes dont la mort est la commune fleur

Les villes que j'ai vues vivaient comme des folles
Et vomissaient le soir le soleil des journées
Les villes chaque nuit [ceignant] une auréole
Feignaient d'être soleil tant qu'il n'était point né

Villes chair de ma vie j'aime vos nuits solaires
J'ai promené mon cœur par vos soirs blancs et froids
Et libre jusqu'au jour j'ai foulé sans colère
Les ombres projetées par les statues des rois

Les meurt-de-faim les sans-le-sou voyaient la lune
Étalée dans le ciel comme un œuf sur le plat
Les becs de gaz pissaient leur flamme au clair de lune
Les croque-morts avec des bocks tintaient des glas

Ô maisons dans la nuit Ô lits pleins de râles
De la mort des amants du bonheur des époux
Punaise au ciel du lit simulant une étoile
Et la bête à deux dos qui se tâtait le pouls

Au clair nul des bougies tombaient vaille que vaille
Des faux cols sur des flots de jupes mal brossées
Des couples d'ombres célébraient leurs accordailles
À mes yeux de dehors dans les rez-de-chaussée

La ville aux feux de nuit semblait un archipel
Des femmes demandaient l'amour et la dulie
Mais à mes yeux de mâle horreur je me rappelle
Les passantes du soir n'étaient jamais jolies

Puis le jour revenait mais parfois sans soleil
Dresser les maisons côte à côte au bord des rues
Où s'égarent nos vies aux autres vies pareilles
Les vies traînant leur ombre en passant dans la rue

Intercalées dans l'an c'étaient des journées veuves
Les vendredis sanglants et lents d'enterrements
Des blancs et des tout noirs venus des cieux qui pleurent
Quand la femme du diable a battu son amant

Le jour s'arrondissait le bon œuvre de pierre
Les remparts entouraient les murs et les maisons
La gloire des statues les croix des cimetières
La rumeur des hommes en oraison

L'oraison innombrable de la vie qui se grise
Qui veut vivre et mourir dans l'amour et l'effroi
Les usines sont plus hautes que les églises
Et les villes le jour ce sont des soleils froids

Les statues endormies qui rêvent toutes blanches
Dont la soif de mourir jamais ne s'étanche
Les statues blêmies
Des amours souriants et gelés
Sous la neige qui tombe
Songent aux tombes
D'amours morts
Enterrés sur un lit de roses et de verveines
En quelque Cythère lointaine
Il somnole en leur marbre un vague souvenir
D'Hellas endormie
Sous la Séléné d'or

Ô mon âme
Que jamais ne t'étreigne
Le froid des Paros
Sous les soleils d'avril

Les guêpes et les mouches
Ont trompeté leur haine
J'ai la tristesse d'être à la merci d'instincts
Les vers visqueux me guettent
Avec le froid des pluies
Sous terre mon cadavre verdi
Sera ma vie lointaine
Et rien
Un corps décomposé
Fleurissant en fleurs tôt fanées
Fleurs des fiancés
Des trépassés

C'est le destin des hommes
Des hommes qu'on oublie
Guillaume
Oui

Léo Larguier soldat mystique ô brancardier
Les vers du caporal plaisent au brigadier
Ce secteur 114 est-ce Arras ou peut-être
La ferme Choléra sinon le
bois Le Prêtre
Ici la fraise est rouge et les lilas sont morts
La couleuvre se love en la paille où je dors
Quand s'éveille la nuit la Champagne tonnante
La nuit quand les convois traînent leur rumeur lente
À travers la Champagne où tonnent nos canons
Et les flacons ambrés
Et si nous revenons
Dieu Que de souvenirs
Je suis gai pas malade
Et comme fut Ronsard le chef d'une brigade
Agent de liaison je suis bien aguerri
J'ai l'air mâle et fier j'ai même un peu maigri
Des braves fantassins je connais les tranchées
Où les Gloires de pourpre aux créneaux attachées
Attendent que nos bleus les violent enfin
Au nez de Rosalie épouse du biffin

Êtes-vous en Argonne ou dans le Labyrinthe
Moi je ne suis pas loin de Reims la ville sainte
Je vis dans un marais au fond d'un bois touffu
Ma hutte est en roseaux et ma table est un fût
Que j'ai trouvé naguère au bord du Bras de Vesle
Le rossignol garrule et l'Amour renouvelle
Cependant que l'obus rapace en miaulant
Abat le sapin noir ou le bouleau si blanc
Mais quand reverrons-nous une femme une chambre
Quand nous reverrons-nous Mais sera-ce en septembre
Adieu Léo Larguier ça barde en ce moment
105 et 305 le beau bombardement
Je songe au mois de mars à vous à la tour Magne
Où est mon chocolat Les rats ont tout croqué
Et j'ajoute mon cher style communiqué
Duel d'artillerie à minuit en Champagne
 

Un peu de géologie
La région est essentiellement calcaire. Les fonds de vallée sont de nature alluvionnaire, notamment celle de la Moselle. De part et d'autre de ces alluvions on trouve en premier lieu des marnes plus ou moins compactes (zones violettes) puis au fur et à mesure que l'on atteint le sommet des plateaux ou des buttes témoins on trouvera successivement des calcaires de différentes natures. Les tranchées de la Croix des Carmes, du Quart en réserve, du Mouchoir ou encore de Fey-en-Haye furent creusées dans des calcaires argileux rendant particulièrement pénibles les périodes pluvieuses où le sol se transformait en un bourbier épais
du à la présence d'argile. On retrouvera cette caractéristique sur tout le front de §Lorraine à l'exception du massif vosgien.

Le président Poincaré en visite au bois-le-Prêtre


 


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