Henry Sheehan. A Volunteer Poilu
Page de La Grande Guerre en Lorraine de Michel Jacquot, dernière m à j : dimanche, 25. janvier 2004
Les ambulanciers américains au Bois le Prêtre
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Dans son ouvrage paru en 1916, Henry Sheehan, nous donne une description savoureuse de la villa des Glycines où cantonna la SS2 à partir du 2 août 1915. La maison dans laquelle notre bureau se trouvait, était par le passé la résidence d'été d'un riche maître de forge qui s'était sauvé à Paris au début de la guerre. S'il y a un modèle architectural d'origine allemande connu sous le nom de Néoclassique, qui affecte les grands espaces sans fenêtres encadré dans des pilastres de tuile, des décorations et des encarts de brique vernissée –jaune omelette et vert bouteille, la « villa Wisteria » est de cette école. Elle s’abrite derrière un haut mur rehaussé de grilles métalliques donnant sur la route allant de Maidières aux tranchées. C’est une haute maison de Germano Pompéien, surmontée d'un toit riche en angles, pourvue de fenêtres absurdes, et de pignons inattendus. Il existe de ces énormes maisons, couvertes à la française, dans certains villages de la Nouvelle Angleterre, construites par les richissimes notables locaux du temps de Grant, et toujours appelés dans le voisinage "Jinks place » ou « Levi Oates place ». Elles ont quelque chose de commun avec cette « villa Wisteria » de Maidières. Grotesque et laide, elle ne devrait pas être dédaignée ; elle a du caractère à sa manière. Notre centre était la salle à manger de la villa. Exclusivité de cette cuisine, il avait un seul fourneau dans la maison, un « Salamandre » à la forme étrange, une sorte de Franklin avec des portes de mica. Les murs étaient tapissés en brun chocolat, très laid, et parsemé de grandes tâches de rouge. Les encadrements des portes, le manteau de la cheminée, oscillaient entre le vert sombre et le brun chêne. La salle était rectangulaire et bien trop haute pour sa largeur. Il y avait aussi des peintures. De chaque côté de la cheminée, étaient accrochés des médaillons représentant des jeunes filles hollandaises. A gauche de la porte, il y avait une eau-forte jaunie figurant les tours du château d'Heidelberg, et à droite, une vue d'une plage au clair de lune dans très petit cadre doré. Il y avait environ deux ou trois cents livres, bound in boards et cuir rouge, derrière le verre fêlé d'une bibliothèque d’angle ; ils étaient très « jeune fille » et seuls les romans de Georges Ohnet semblaient avoir été lus. [Georges Ohnet était un écrivain français, né et mort à Paris 1848-1918. Contemporain de Verlaine, il écrivit une quantité de ce qu’on appellerait aujourd’hui des romans à l’eau de rose NDLA] Les mille recoins de la maison étaient pleins des bibelots poussiéreux, des vieux parapluies, de chapeaux, des livres de comptes, et de boîtes énormes contenant des débris de jeux de dames, de dominos, et de jeux d’échecs en ivoire. Il y avait un agrandissement d’une photographie de famille accrochée au mur d’une des chambres à coucher ; elle avait été prise à quelque mariage, et montrait un groupe se tenant sur les marches de l’escalier principal, le même qui venait d’être mis en morceaux par un obus. On voyait la jeune mariée en tenue et environ vingt parents, y compris un garçon aux pantalons courts, portant un large col blanc et une cravate cintrée, démodée et pelucheuse. Tenant à figurer en bonne vue sur la photo, le chef de cérémonie tendait son cou en avant. Vu les costumes, il était évident que la photo avait été prise vers 1902. La cave de la villa Wisteria était commodément reliée directement aux tranchées. Quand un homme avait été blessé, on pouvait le porter ainsi au poste de secours des lignes arrière, et c'était notre devoir que d’aller à ce poste de tranchée pour porter le patient à l'hôpital des lignes arrières le plus proche. Le bureau de la section était responsable de deux Français chargé des permanences téléphoniques et de la tenue des registres. |