Leslie Buswell (juin 1915)


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Page de La Grande Guerre en Lorraine de Michel Jacquot, dernière m à j : dimanche, 18. novembre 2007

Les ambulanciers américains au Bois le Prêtre


Lettres de Leslie Buswell

Jeudi 17 juin 1915

Après un voyage de sept heures de Paris à Nancy, je suis arrivé, ici à Pont-à-Mousson la nuit dernière. Le chemin de fer longeait la Marne, la Meuse, puis la Moselle, aussi je fus très intéressé par les explications d'un officier montrant les lieux où les Allemands avaient perdu la bataille de la Marne. Dire qu'ils laissèrent pratiquement tout derrière eux dans leur retraite précipitée ! Y compris certains drapeaux désormais à Londres. En approchant de Nancy j'ai vu ce à quoi ressemblait une escadrille d'avions, un vol de Taube [ avion allemand  NDL] pris à parti par les Français qui hélas, n’en touchent un que très rarement. À l'arrivée à Nancy, je fus accueilli par Salisbury, notre chef de section, et après très repas dans cette très belle petite ville (où le Kaiser et dix mille hommes attendaient pour défiler en octobre passé), [référence probable à la bataille du Grand Couronné, NDL] nous partîmes pour Pont-à-Mousson. A environ quinze kilomètres, nous dûmes éteindre nos lumières pour éviter d’être la cible d’un bombardement. Je ressenti alors un sentiment bizarre en écoutant le conducteur parler des bombes qui frappaient au hasard. Tout le long de l'itinéraire emprunté, je vis des arbres, des maisons et des routes détruits.

Arrivés enfin à Pont-à-Mousson, joli petit bourg de huit mille âmes, nous allâmes, dans le silence et l'obscurité, aux casernes [Quartier Duroc, emplacement de l'hôpital civil actuel, NDL] désormais affectées à notre ambulance. [Toutefois, au rythme des bombardements leurs installations, et surtout du cantonnement des conducteurs, semblent avoir varié Dieulouard, puis PAM, puis Dieulouard à nouveau à compter du 22/23 juillet 1915] Il y avait là environ vingt voitures et vingt-deux hommes heureux de l'aide apportée par quelques volontaires français. La veille de mon arrivée, une bombe avait frappé une maison voisine et, à première vue, on aurait pu penser que les casernes elles-mêmes avaient été touchées. De puissants bombardements secouaient la ville tous les deux ou trois jours, et partout on voyait des amas de briques, de pierres et autres restes des maisons démolies. Les Allemands bombardèrent la ville cent dix fois. Ci-contre, l'un des vestiges du quartier Duroc, le manège à chevaux aujourd'hui classé mais en bien mauvais état

Après avoir été présenté aux "boys," je suis allé à mon logement situé environ cent soixante mètres plus loin, près des tranchées, [probablement l'actuelle rue du Marguerite d'Anjou, NDL] et plus sûre en cas de bombardement.

 

 

 

 

 

 

 

Ci-dessous, vue prise du logement de Leslie Buswell.
La fenêtre se situe au premier voire au deuxième étage de l'un des immeubles bordant la rive gauche de la Moselle. On y accède par l'actuelle rue Marguerite d'Anjou. On reconnaît le barrage Poirée, à fermettes et aiguilles, de Pont-à-Mousson datant du XIXème siècle et démoli vers 1960. Nous noterons également sur ce cliché que le niveau amont du barrage ne permet plus la navigation de commerce, les aiguilles sont ôtées, seules les fermettes sont visibles sur les pertuis de gauche, sur celui de droite elles ont été abattues dans leur logement ménagé dans le radier du barrage.

On note dans le journal de Charles Bernardin, que le 7 septembre 1914 "Les gens qui eurent l’occasion d’aller jusqu’au barrage de la Moselle furent surpris de voir que le passage à cet endroit avait été rétabli malgré un fort courant, et l’absence d’un grand nombre de " fermettes" qu’on avait couché dans la rivière pour interrompre toute communication d’une rive à l’autre. Dans l’espace vide entre les culées des piles, les Allemands avaient jeté une sorte de pont de bateaux constitué par de grosses barques de dragueurs sur lesquelles ils avaient placé de longs madriers. Le tout était solidement amarré mais ne pouvait servir qu’aux piétons. Ce travail avait été fait en moins d’une nuit par une quarantaine d’hommes commandés par deux officiers"

Crédit photographique Leslie Buswell

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je devais partager la maison avec un nommé Schroeder, un Hollandais, et un autre camarade très gentil ayant eut plusieurs frères blessés dans l’armée française et dont un est décédé. Ma chambre à coucher, pièce typique de l'habitat rural français, était très confortable et j'étais content d’avoir un vrai lit et non une litière pour dormir. Ma première nuit fut calme, entrecoupée seulement de quelques coups de feu qui, en temps de paix, auraient pu passer pour des pétarades de moteur. Ce matin là, je partis tôt prendre mon petit déjeuner, servi à sept heures à la caserne. En sortant de mon logis, je regardai à gauche dans la direction de la ville et des casernes, puis à droite où s’étalait une belle avenue bien droite bordée d’arbres. Mon compagnon de chambre me précisa qu’à environ cinq cents mètres de là, ce qui ressemblait à un arbre tombé à travers la route, n’était autre que les tranchées françaises. En remontant cette avenue vers les casernes, j’aperçus à droite, sur l'arête des collines, une ligne brune : les tranchées allemandes, je pris alors vraiment conscience de la facilité avec laquelle un obus pourrait nous toucher.

Après le petit déjeuner, je demandai à l'un des conducteurs, Roeder, de me faire visiter les lieux. Embarqués à bord d’une ambulance Ford (personne ne peut réaliser l'excellence de ces petites voitures avant de les avoir vues à l'œuvre), nous partîmes en "promenade" pendant qu'un officier nous expliquait notre rôle. [L'auteur rappelle ici quelques faits de 1914, NDL] Le 5 septembre 1914, les Français firent partiellement sauter le pont qui enjambe la Moselle en ce point si plus pittoresque, puis, pendant cinq jours, les Allemands le bombardèrent à leur tour essayant de le détruire, frappant par la même occasion d’antiques tours féodales. Le pont fut ultérieurement réparé par les Français avec une passerelle de bois. Deux impacts d’obus y sont encore bien visibles. Après que les « boys » me firent part de la beauté des geysers d’eau soulevés par les obus tombant dans la rivière, nous quittâmes ses berges où nous pouvions clairement être vus des Allemands. J'avoue en avoir été soulagé, il est difficile de s'accoutumer à l'idée de recevoir une balle dans la tête ou un obus dans l’estomac. Nous sommes alors repassés par la ville où nous entendîmes toutes sortes d’histoires sur la façon dont, tel ou un tel jour de la semaine dernière, cinq hommes furent tués ici, trois blessés là. Toutes les maisons étaient ouvertes, nous pouvions entrer librement dans celles qui nous paraissaient intéressantes.

Nous quittâmes ensuite Pont-à-Mousson pour entamer notre mission vers le haut la colline [Bois le Prêtre, NDL] et aller à notre premier poste de secours à environ trois kilomètres de Pont-à-Mousson. Roeder m’expliqua soigneusement durant le trajet que je ne devais jamais emprunter la route ...... à la vue directe de l'artillerie et des tranchées allemandes, mais utiliser un chemin abrité. Notre commandant avait donné des ordres formels dans ce sens. S’il avait su dans quel état d’esprit j’étais, il aurait compris que de moi-même j’aurai pris ces précautions.

De l'autre côté de la colline, sur notre droite, se trouve le célèbre Bois-le-Prêtre célèbre ; mais ce n'est plus un bois. C’est un désert plantés de quelques tronçons bruns pointant vers le ciel. « Veux-tu faire un tour dans le Bois ?" me demanda t-il. La peur du danger m’assaillit mais j’acceptai tout de même alors nous avons tourné à gauche et gravi une rude pente et débouchâmes dans le bois. Ici les oiseaux chantaient et tout était vert et beau (aucune pièce d'artillerie n'avait touché ce coin) mais on voyait des tranchées abandonnées et un peu plus loin les cimetières, vision horrible, six cents tombes d’officiers et dix-huit cent de soldats.  Ce petit cimetière [le Pétant vraisemblablement] était très impressionnant avec ces milliers de croix en bois marquant chaque tombe sur le flan de cette belle colline verte entourée de grands arbres.

Pendant que nous attendions apparut un cheval tirant un chariot chargé de ce qui a ressemblait à de vieux vêtements "des morts". Je n'avais jamais vu de cadavre jusqu'à ce jour. C’était horrible, huit corps raides, mutilés, sans bras, sans tronc, sans tête… Tous ces hommes, pareils à nous, avec une famille, des êtres chers, quelle misère, pour qui pourquoi ?

Une grande fosse avait été creusée, deux mètres de profondeur et suffisamment vaste pour contenir seize cadavres. Nous fûmes invités à nous recueillir autour de la voiture, ce que je fis mais j’étais très mal à l’aise à cotés ces corps sans vie. Pour ne pas défaillir j’essayai de considérer cela comme «normal» car se serai mon quotidien pour les mois à venir. Avant de les faire basculer dans la tombe, les "fossoyeurs" recherchèrent des signes d’indentification, récupérant ce qui pouvait l’être, des bottes en excellent état, un manteau point trop sanglant ni trop déchiré......
A ce moment nous voulûmes nous éclipser, mais ils nous exhortèrent à assister à l'ensevelissement «non, non ! pas avant que de les avoir vus dans c'te tranchée là ». Nom de Dieu,  j'ai pleuré, et du détourner les yeux !

Nous sommes revenus à Pont-à-Mousson pour déjeuner. Je me sentais totalement différent. Dire que la semaine précédente, c’était déjà très difficile de simplement contempler des photographies de blessés à Neuilly. On s’habitue dit-on ! Je pris alors officiellement possession de la voiture que je devais conduire, et comme ici tout était à faire soi-même ici, je commençai par l’inspecter sous toutes les coutures.

Samedi 19 juin 1915

Cela parait à peine croyable. Nous sommes extrêmement proches des tranchées allemandes et cependant, dans notre logement, ces soirs de juin sont merveilleusement agréables avec un beau clair de lune, après  un bon repas et dans un lit confortable.  Les nuits de garde à la caserne, nous restons habillé, prêts à partir à n'importe quel moment,  et nous dormons sur la paille. Une nuit sur quatre nous veillons jusqu’à l’aube à X---- où nous restons là, à attendre pour aller chercher les blessés aux postes de premières lignes.

Jeudi, j’ai connu mon baptême du feu car il y eut un important et intéressant duel d'artillerie. Mais le bruit des canons et des obus éclatant au-dessus de nos têtes n’avait rien de rassurant. Vers six heures les tirs se sont arrêtés et nous sommes rentrés pour aller dîner. Par la suite, un autre « boy » se balada avec moi, nous fîmes un petit arrêt pour discuter avec deux femmes qui n’avaient pas quitté la ville. Elles nous invitèrent à entrer et nous proposèrent gentiment quelques fraises. Cette manière de nous offrir tous ces petits luxes nous montrait combien était respectée l'ambulance américaine, tant des habitants que des notables.

L’une d’entre elles me demanda si je connaissais l’escrime, oui, ai-je répondu. Elle alla chercher 2 fleurets et nous commencèrent à nous mesurer. Elle s’en sortait très bien et je devais faire de gros efforts pour me souvenir de ce que j’avais appris. Soudain, j’entendis une voix d'un homme dire en français « Bien, bien, donne-moi vite ce fleuret ma fille, vite » et je me retrouvai face à un bon vieux soldat qui avait fait la guerre de 1870.

Après le salut et quelques échanges je réalisai bientôt que j’avais affaire à un maître, et malgré quelques beaux coups de ma part, je fus facilement battu. « Mais mon mari est un professeur d’escrime depuis quarante ans » observa sa femme.

Je me retirai pour aller me coucher, et, bien que battu je me réjouis des excellentes soirées que j’allais pouvoir passer avec mon « vieux maître ».

Hier je sortis avec mon ambulance et transportai huit blessés pour ma première fois, je commence à me sentir à ma place et l’étrangeté de tout cela s’estompe progressivement.

Dimanche 20 juin 1915

……….J'ai été soudainement interrompu pour aller pour chercher un malade à X…. Mon compagnon de chambre s’offrit de venir avec moi car le cas semblait contagieux (il s'est avéré heureusement n’être qu’une simple rougeole), et nous commençâmes ce que je considérais sur le moment comme l’un des voyages les plus étonnants de ma vie. Nous prîmes soudainement à gauche sur la route principale et amenai notre petite Ford trois kilomètres plus loin, à cet endroit si visible des Allemands où de nombreux passants moururent. Puis, prenant encore sur notre gauche, nous arrivâmes lentement à un village [ Qui peut identifier ce village ?, l'ensemble des textes laisse à penser qu'il s'agit de Fey-en-Haye, NDL] fourmillant tellement de soldats qu'il semblait impossible de s’abriter en cas de besoin. En première, nous cahotâmes le long d'une route tortueuse très étroite, juste assez large pour la voiture, camouflée par des branchages pour que les Allemands ne la repère pas du ciel. Après avoir franchi un minuscule village truffé d’artillerie, bardé de cagnas maquillées de troncs habillés de branches, coincées ici et là pour leur donner un air d'arbre véritable , nous atteignîmes enfin le sommet de la colline.

L'eau bouillait dans le radiateur et nous dûmes nous arrêter. Nous marchâmes un peu dans ces bois magnifiques, au milieu de fraisiers en fleur, profitant du chant des oiseaux loin des canons ennemis. Paradoxalement dans cette partie de la forêt, les Français avaient établis de lourdes pièces de marine que jamais les Allemands ne débusquèrent. Nous avançâmes jusqu'à ce qu’une sentinelle nous arrête et nous dirige vers une autre partie du bois où je contemplai le spectacle le plus idyllique qu’il m’ait été amené à voir. Les bois, épais, grouillant de soldats, étaient parsemés de petites huttes, très basses, où vivaient des milliers d’entre eux et entre lesquelles courait un réseau de voies ferrées.

Nous entendîmes alors de la musique, et arrivés enfin à destination, nous dûmes visiter ces étranges habitations. Un sentier descendait de hutte en hutte, et tout à coup, le bois s'ouvrit sur une sorte d'amphithéâtre. Mon ami et moi, fûmes invités à prendre, pour ainsi dire, un "fauteuil" et nous avons écouté (après moult poignées de main, de « Vive l'Amérique, Vive l'Angleterre » et nombre de « camarades »), un trio, banjo, violon, et dulcimer [instrument à corde d'origine Celte, ici il s’agit probablement d’épinettes des Vosges NDL] alors qu’un obus éclatait un peu plus loin.

Nous quittâmes bientôt nos amis pour emporter notre cas contagieux au poste. De parcourir ces vallées, ces collines, ces bois, ces plaines, tout ce paysage merveilleux, nous sommes revenus assez fatigués, nous demandant comment de telles atrocités pouvaient avoir lieu dans un pays aussi parfait. Nous allons régulièrement à X… chercher nos blessés, et sur deux des six kilomètres de parcours, nous sommes exposés à la vue des Allemands, et naturellement, à leur tir.

Lors de ma première « visite » à ce petit village perché, j'ai été horrifié de voir deux tués sur la route, baignant dans une énorme flaque sanglante. Six « 150 » allemands avaient été soudainement lancés sur le village rempli de soldats, six furent tués et trente blessés. Trois des six projectiles étaient tombés en réalité sur la route et c’est par chance que nos deux ambulances qui s’y trouvaient furent épargnées. J'ai demandé où ils avaient frappé, et mon brancardier, après avoir regardé autour de lui, indiqua le dessous de notre propre voiture, où il y avait un trou profond d’environ neuf pouces (20 cm) et large de deux pieds (66 cm).  Je ressentis plutôt de l’effroi, je dois dire. Cela venait de se produire 5 minutes avant notre arrivée et cela pouvait recommencer à tout moment. Je ramassai trois blessés à terre, …………et passai devant une batterie de « 75 » qui se mit à tirer au même moment, j’en eus les genoux qui flageolaient, je peux vous l’assurer.  Après cela nous fîmes pendant 2 heures plusieurs aller et retour avec l'arrière pour évacuer quelques blessés. Pour couronner le tout, une pluie drue s’en mêla et je me félicitai d’avoir acheté deux uniformes, je pensai pouvoir ainsi me changer ; mais je passai une nuit plutôt inconfortable dans mes vêtements mouillés et après un trop court sommeil.

Salisbury, notre chef de section, me demanda de l’accompagner à Toul. Ce fut pour moi un merveilleux voyage à travers ces villages endormis, ces terres à moitié labourées au milieu de tous ces bois et ces vallées. Toul est l'une des plus belles villes fortifiées de France, et comme nous nous approchions, nous vîmes tranchée sur tranchée, protégées par des enchevêtrements de barbelés, je pensai alors : « Les Allemands n'avanceront jamais jusque là ! ». Nous nous sommes arrêtés aux hangars d'avion où nous avons pris un capitaine (australien) avec qui nous sommes entrés dans Toul, ville silencieuse et endormie sous sa ravissante cathédrale. En revenant, nous avons pris par derrière les hangars et nous aperçûmes quantité de biplans et monoplans.

En arrivant (à Pont-à-Mousson ?), j'attendis, à l’abri dans une tranchée car le bombardement évoqué plus haut continuait si violemment que je doutai pouvoir en sortir vivant.

La section entière du travailler toute la nuit et le jour suivant en courant de grands dangers et affrontant beaucoup de grosses difficultés. Les Français nous en furent reconnaissant. Les prisonniers allemands disaient que les Allemands, s’ils devaient reculer, raseraient Pont-à-Mousson même s’il fallait 250 000 obus pour y parvenir. Moi, je doutas que cela en vaille la peine…..

N'importe qui peut imaginer ce que l’on ressent lorsque l’on est surpris par un tir d’arme à feu, le sifflement d’un obus, l’explosion qui s’en suit, la riposte de l’ennemi. Il nous semble que jamais l’on ne pourra se familiariser avec ça. C’est, du moins, ce que j’ai ressenti la première fois. Et puis, après 5 jours de bombardement intense et constant, je finis par m’habituer.

Lundi 21 juin 1915

Cette lettre, très longue, sera probablement tellement abîmée qu’elle en deviendra illisible, mais il m’est plus facile d’écrire au fur et à mesure, quant tout est encore présent à mon esprit. Après trois ou six semaines je n’écrirais probablement pas grand-chose de très nouveau, les jours se suivent et semblent se répéter, tandis que là, mes impressions sont toutes fraîches et je préfère les coucher sur le papier avant qu’elles ne deviennent confuses.

La nuit dernière, je ne suis pas retourné vers les tranchées, le bombardement devenait si violent qu'il aurait été fou de courir si grand risque à visiter le pays. Si nous avions dû aller chercher des blessés, cela aurait été différent. Depuis le pas de la porte de ma petite maison, j’ai observé les Allemands bombarder X -----. On aurait dit une pièce de théâtre ou du cinéma couleur.
X--- est un village, au clocher conventionnel coiffant l’église, à environ 2,5 Km à vol d’oiseau de Pont-à-Mousson.

Ce croquis approximatif montre le feu indirect des batteries d'opposition. Chaque camp  observe l'effet des batteries à partir d'avion, observateurs à dans les arbres etc.. qui communiquent par signaux électriques ou visuels pour corriger le feu de la batterie.

Le shrapnel, assez curieusement, n'est pas considéré très dangereux et les soldats, ici, le traitent avec mépris. Les Allemands l'emploient pour interdire aux gens de sortir dans les rues et les empêcher ainsi d’éteindre les incendies allumés par leurs « 210 » ou « 150 ». Pas plus tard qu’hier après-midi, ils ont mis le feu à une meule de foin. La fumée leur fit croire que le village brûlait, ils ont alors tirés une centaine de shrapnels l’un derrière l'autre. C'était fort intéressant de regarder l’éclair dans le ciel, le petit nuage de fumée et enfin d’entendre le bruit de l'explosion. Les Français, installés derrière à A….. ouvrirent immédiatement le feu et le concert recommença. Cela dura environ une heure, mais il n’y eu aucun blessé et nous n'avons pas eu à y monter.

Après que le dîner, trois d’entre nous allèrent faire quelques pas le long de la Moselle. On peut voir les Allemands à environ mille mètres d'ici sur les collines, et pendant que vous marchez le long des berges du fleuve, ils peuvent vous voir distinctement, mais ils ne prennent pas la peine de tirer, que c’est aimable à eux ! Nous nous sommes assis et avons observé deux soldats qui pêchaient. Je les ai pris en photo car je trouvais cette situation cocasse, les Boches pouvaient faire un carton si facilement. Nous sommes repartis et avons beaucoup parlé à des soldats revenant des tranchées. Ils étaient tous très gentils avec nous. L’Amérique serait fière si elle pouvait voir combien ses boys, ici, sont respectés et aimés. Un officier était très indigné parce que ces « Sales Boches » avaient, à vrai dire, tiré 5 obus dans sa tranchée hier ! Il errait en marmottant : « Je leur montrerai ! les cochons, les cochons, les cochons ».


Soldats français en train de pêcher.

Ce cliché semble bien être celui évoqué ci-dessus par Leslie Buswell.  On notera pour la précision historique qu'il s'agit du canal Freycinet reliant la porte de garde de Pont-à-Mousson à l'écluse de Pagny sur Moselle, bien évidemment Leslie Busswell ne pouvait le savoir si peu de temps après son arrivée, d'où son appellation de Moselle. La porte de garde est sur la droite des pêcheurs, et la Moselle derrière la digue de droite .  Le cliché confirme ce que je disais plus haut au sujet du barrage Poirée, il était bien abattu, le canal est ici "vide", le niveau d'eau correspond à celui de la Moselle et variera durant toute la guerre au gré des précipitations. Crédit photographique Leslie Buswell

Ici, les tranchées sont particulièrement proches, à certains endroits, quinze ou vingt mètres seulement les séparent, et d’un commun accord ils n’utilisaient que leurs fusils ! Français et les Allemands semblaient en assez bons termes ! Ils échangeaient du tabac contre du vin ou du papier à cigarettes, puis s’en retournaient se tirer dessus « joyeusement ». [Cette traduction ne me plaît pas, elle va à l'encontre de tout ce qui s'est dit sur le sujet, à savoir qu'Allemands et Français n'ont jamais fraternisés au Bois-le-Prêtre. Toutefois cela expliquerait la très mauvaise humeur de l'officier français  NDL] Je me suis dit que cela devait être vrai à Noël ou encore en Février dernier, mais maintenant ils étaient devenus « méchants ».

........ Je ne me sens pas bien aujourd'hui et je redoute la nuit prochaine car je suis de service à X -----, je crains de ne pas être à la hauteur. Cela vient de la nourriture, je suppose. De toute façon, je m’amincis et c’est très bien comme cela, il serait choquant de prendre du poids dans ces conditions. « Doc » vient demain et je lui donnerai cette lettre à poster, peut-être pourra t il le faire d’ici, à moins qu’il ne le fasse de Paris. [En fait, les ambulanciers américains, assimilés à des soldats français subissant la censure militaire. Leslie Buswell compte sur son ami, ou simple connaissance, pour expédier ses lettres au USA sans contrôle NDL]

....... Je rentre tout juste de Belleville où j'ai amené trois blessés couchés et deux assis. Un des blessés allongés délirait, il a hurlé et poussé des cris perçants sur la totalité des dix-sept kilomètres. C’était horrible. Quand je suis arrivé à Belleville, où ils sont évacués par chemin de fer vers un hôpital de base, j'ai constaté que pendant son agonie il avait déchiré ses vêtements et avait enfoncé les cintres de la civière. Incroyable qu’il ne soit pas tombé sur les deux hommes du dessous.

Nos voitures sont agencées comme ceci :

Je ne sais pas ce qui pourrait être pire que forcer un pauvre paysan paisible à combattre, de connaître des mois durant la terrible vie des tranchées, d’être blessé, de crier de douleur sur les nombreuses bosses de la route. Nous prévoyons une grande attaque pour aujourd'hui et nous avons évacué tous les hôpitaux de X…... Il semble que l’on doive se préparer à accueillir beaucoup de blessés. Si vous n'avez pas des nouvelles très régulièrement de moi, rappelez-vous que la charge de travail va être énorme.

Jeudi 24 juin 1915

Le Doc n'est pas encore là (il devait arriver mardi), ainsi je crains que vous n'ayez pas de nouvelles de ma part cette semaine, car il manquera le courrier.

Assis derrière la fenêtre de ma chambre à coucher, je regarde le soleil ruisselant sur la table et je peux s'imaginer à « Beauport », seulement, toutes les trois ou quatre minutes, boom ! bang ! boom ! les Allemands canonnent Montauville et les Français leur répondent. D’ici je peux voir la fumée s’élever du village, et je me demande si l'une ou l'autre de nos ambulances de service là-bas n’a pas été touchée. Le Doc peut venir ce soir, je l'inciterai à venir à X….. demain, je suis de service et il aura une certaine agitation. Sur ma droite je peux voir, à environ mille mètres, les tranchées allemandes. C’est étrange de se reposer à une fenêtre et se trouver dans une telle situation, écrire une lettre comme si nous étions encore tous ensemble à Gloucester. J'ai été très malade, mais aujourd'hui cela va mieux et demain sera meilleur encore, je suis très content de mon rétablissement.

Hier j'ai découvert que la suspension principale de ma voiture était cassée et j'ai dû la remplacer. Imaginez-moi sur le dos toute la journée, à travailler comme un fou pour terminer le boulot après une nuit de veille. Je l'ai bien contrôlé, cependant, vous connaissez mes talents de mécanicien. Mon vieil autobus a la sale habitude d’avoir des retours de manivelle à chaque fois qu’on le démarre. Je crois que j’ai plus à craindre de mon moteur que des obus allemands.

La nuit dernière je suis allé sur la grand place [ Place Duroc ] voir les civils partir. [Il s'agit probablement d'enfants partant pour l'Algérie. Dès le printemps 1915 il fut décidé de les mettre à l'abri car beaucoup d'entre eux payèrent de leur vie les bombardements ]. Il n'y a pas grand monde, mais les femmes étaient désespérées [ Lorsque les parents devaient rester, les enfants partaient tout de même, voir l'excellent ouvrage de Jacques Léoutre "Pont-à-Mousson - La guerre 1914-1918" NDL] et le « Governor » les renvoyait aussi vite qu’il pouvait. Hélas, rien n’y faisait, quelle tristesse, que de larmes et des cris de déchirement ! Le « Governor », splendide vieux colonel, [était-ce Charles Bernardin ?]  vînt à nous et nous parla, (nous étions quatre). Il désirait savoir quand l'Amérique rejoindrait les Alliés, bien sûr nous n’avons pu lui répondre. Nous fûmes amusés de voir son indignation lorsqu’il apprit que nous étions payés comme simple « poilu », un sou par jour (nous qui ne pensions pas toucher de salaire !). Il a bravement déclaré que nous devrions tous être nommés sous-lieutenants et récompensés en tant que tels, il a ajouté, "Vous, courageux garçons, faites autant que n'importe quel soldat du front et prenez autant de risque". J'aime la galanterie et la sincérité françaises. Et c’est partout la même chose, les officiers nous saluent, les poilus nous acclament en criant « Vive l'Amérique ». Pour ma part j'estime que le travail de notre section est sérieux. J'ai rarement travaillé au sein d’un groupe de camarades aussi content, d’aussi bonne composition et aussi généreux. Jamais un mot désagréable, tout le travail est pour la bonne cause, et cette unité qui nous rend efficaces. J’aimerais que vous puissez voir cette chère vieille ville de garnison, avec ses peupliers, son pont, ses églises et la Moselle qui glisse paresseusement parmi ces lieux calmes et silencieux. Ici et là il y a les maisons en ruine, de gros tous dans les murs, des arbres décapités. La maison à côté de nous a été frappée et ressemble à ceci :

Ce pourrait être la rue M d'Anjou et les arbres ceux de la propriété Lequy, angle boulevard Ney rue du Bois-le-Prêtre. (De cette maison s'évada le 11 septembre 1870 le général Ducrot alors prisonnier des allemands après Sedan


avec des d
ébris de pierre et de brique partout sur la route. J'essaye toujours de discuter avec les soldats (mon français s'améliore, mais est loin d’être parfait) et je les trouve fatalistes. Certains régiments ont été plusieurs fois sur cette colline et j'entends dire que peut-être trente-cinq mille Français ont été tués au Bois-le-Prêtre. [Ce fut heureusement beaucoup moins même si le chiffre reste terrible]. Chaque jour de gros obus et de nombreuses grenades de main pleuvent sur les tranchées et combien de Français périrent, pauvre paysan ou bourgeois ? Ce matin, j'ai emmené trois blessés à l'hôpital alors que cela ne faisait que 20 minutes qu’ils étaient aux tranchées. Ils parlèrent avec désespoir de leur chance de la vie. Un vieux type m'a demandé hier si je voulais un fusil allemand. Il a promis qu'il me l'apporterait à sept heures, à moins qu'un obus na l'ait frappé. Il n'est pas venu, pauvre camarade, mais peut-être a-t-il simplement oublié sa promesse. J'espère qu’il en est ainsi.

Vendredi 25 juin 1915

Vous n'aurez donc reçu aucun courrier de moi cette semaine, et je suis très désolé si je vous ai causé de l’inquiétude. Le « Doc » devait être ici mardi passé, à notre surprise il n'est toujours pas arrivé. Je suis inquiet à son sujet. J’ai bien essayé de lui envoyer un télégramme pour avoir de ses nouvelles, mais jusqu’ici aucune réponse. Sans lui, les trois lettres que je vous ai écrites ne pourraient probablement jamais vous parvenir. Ici, on ne nous permet d'écrire que de courtes lettres et tout courrier postal est ouvert. J’attendrai qu'il vienne pour vous les envoyer. Ces derniers jours ont été plus calmes, mais pas vraiment pour moi, je vais mieux Trois jours de maladie m’ont beaucoup affaibli et la nourriture n'est pas assez bonne pour me permettre de reprendre des forces rapidement.

J'ai de longs entretiens avec des soldats qui me racontent souvent des histoires intéressantes. Certains m’ont affirmé, qu’ayant de bonnes relations avec les Allemands de la tranchée d'en face éloignée de dix mètres seulement, ils leur ont demandés de sortir la tête au-dessus de la tranchée afin de les prendre en photos, ils m’en ont même promis une copie.

En outre, ils se sont promis de s'indiquer mutuellement les attaques ou la date de mise à feu des mines. Cette guerre souterraine est la plus horrible des formes de guerre, je pense. Il n’y a que peu de chance d’en réchapper, en fait, aucune. La pire arme de destruction des tranchées est un nouveau genre de projectile appelé « torpille ». Tiré d'une distance d’environ quatre cents mètres, il est très silencieux et terriblement destructeur. Presque tous les pauvres camarades que nous portons à l'hôpital ont sauté sur une mine ou été frappé par une torpille. Les Français ont développé un projectile de même nature, et ni l'un ni l'autre des deux camps n’a eu le dessus depuis 6 semaines. Ces munitions possèdent un empennage (voir le croquis) et sont tirés d'une sorte de petit pistolet. Naturellement ils tirent aussi de gros obus, des « 210 » ou des « 280 ». Le système qui les fait exploser est tellement précis qu’ils éclatent souvent pile sur le plancher des tranchées. Cependant, ces obus là, on les entend arriver. Un sifflement et vous avez peut-être une seconde ou deux pour vous cacher alors que la torpille n'avertit pas est beaucoup plus mortelle.

Hier j'ai visité les tranchées. Je suis parti d’ici à quatre heures du matin. En allant vers le haut de la colline, j’ai traversé un petit village, en fait un hameau que les Français appellent « Boozville », qui a été beaucoup bombardé [ Boozville, aux confins de P-à-M et Maidières, correspond à la propriété et château du dernier maire royal de la ville, Jean-François Trouard de Riolles.  En 1870, après la défaite française, Pont-à-mousson fut occupé par les troupes Allemandes jusqu'en 73 et c'est sur ces terres que la ville du construire des habitations pour les troupes d'occupation. En 1914, ces bâtisses de bois existaient toujours. Aujourd'hui le quartier comporte toujours de petites maisons et les rues portent les noms des villes françaises annexées, Saverne, Mulhouse, Thionville etc.. NDL]. Ensuite je suis monté vers le sommet, côtoyant des tranchées hors d'usage jusqu'à ce que nous rencontrions une sentinelle qui nous indiqua la compagnie où une connaissance m’avait donné rendez-vous. Après l’avoir trouvé, nous sommes partis pour les premières lignes. Je me sentais nerveux et impatient, mais pas du tout inquiet quant au risque de me faire tuer lors de cette visite en « touriste ». Mon ami m’a désigné quelques buissons mais comme je ne fis pas très attention à ce qu’il m’avait dit, je me retrouvai nez à nez avec le museau d'un canon de 75. Sur une certaine distance, chaque pouce semblait recéler un canon, petit ou gros. Ils étaient si habilement camouflés qu'il était impossible de deviner leur présence. Enfin nous sommes parvenus sur un tertre où une sentinelle nous informa que nous ne pourrions pas passer (pour une raison ou une autre, peut-être qu'une batterie venait de changer de position). Nous avions le choix de faire un large détour en repassant par l’arrière ou de prendre tout droit à travers un champ de deux cent cinquante mètres de large en plein champ de vision des Allemands. Bah, dit mon ami, je pense qu'ils mangent en ce moment, risquons-nous. Ils ne tirent jamais à l’heure du repas. La nature humaine est telle que j'approuvai et nous partîmes péniblement à travers cet espace découvert. J’avoue avoir été soulagé lorsque nous atteignîmes le couvert du bois. Le chemin montait toujours, nous avons croisé des centaines et des centaines de soldats bleu horizon revenant de leur tour aux tranchées. Tout à coup, le bruit et le bavardage des hommes et des oiseaux se turent, on aurait pu entendre le craquement d'une brindille ou le claquement d’un fusil. Ce silence mortel m’intimidait réellement, en continuant nous vîmes plusieurs groupes de soldats silencieux qui buvaient à petites gorgées du café, du thé, ou du potage, alors, en trois ou quatre pas nous avons sauter dans la tranchée pour marcher à l'abri. ......... elles tournaient, viraient, zigzaguaient où que nous allions aucune n'était droite sur plus de cinq mètres.......

ç Quatre manières de creuser des tranchées.

 

Tranchées encore visibles au Bois-le-Prêtre è

 

 

 

.....Les soldats ont silencieusement souri et on entendit chuchoter « …Américains ». J'ai salué un officier, qui a souri en retour, et m'a montré son abri qui semblait réellement confortable. Enfin, nous sommes arrivés à une tranchée où chaque mètre était occupé par un soldat qui guettait devant lui. C'était la mince ligne bleue qui gardait la France sur quatre cents kilomètres. [On se souviendra que la tenue bleu horizon équipa progressivement l'infanterie au premier semestre 1915  NDL]. Les Allemands ne semblait pas pressé d’attaquer cet endroit précis en ce moment, aussi la tranchée entière est tellement bien rangée, propre ainsi que les uniformes, nous nous demandâmes s’il ne s’agissait pas d’une exhibition. Nous avons marché très tranquillement le long de cette sur environ deux kilomètres, et j'ai soudainement réalisé qu’il était 6 heure moins 20 et que j’avais intérêt à vite rentrer car je prenais mon service à 7 heures. Je suis reparti précipitamment et je suis arrivé à la caserne juste à temps.

Lundi 28 juin 1915

Hier nous avons eu des nouvelles de « Doc », il a câblé qu'il arriverait à vingt deux heures dimanche soir. Je l'ai juste aperçu et il paraissait en pleine forme.  Je me suis vite retiré dans ma chambre pour lire le courrier qu'il a apporté, des lettres de vous et de H------- car cette nuit j'étais en service à X -----. Ce fut très éprouvant de faire les allers et retour sur cette route raide et étroite tellement la nuit était sombre. J'ai dû aller à l’Auberge Saint Pierre vers deux heures du matin. Cette portion de route, à la vue directe des Allemands, est extrêmement bombardée et les shrapnels éclatent tout près. Dire qu'une belle nuit  avec ces arbres, ces collines et ces vallées qui se devinent sous un clair de lune pourrait être si romantique....

Ce fut un triste déplacement, un garçon d’environ dix-neuf avait été frappé à la poitrine dont une moitié avait disparu. « Très pressé » m'ont indiqué les infirmiers, et pendant que nous le portions dans la voiture, à travers la petite maison de brique perforée par les trous d’obus, il m’a regardé de ses yeux tristes et fatigués et a tenté de sourire courageusement. J'ai descendu la colline aussi délicatement que je pouvais, très lentement, mais quand je suis arrivé à l'hôpital je conduisait un corbillard et non plus une ambulance. J’ai toujours en mémoire ce faible sourire traduisant la volonté de ne pas mourir si jeune. Tous ces pauvres gars nous regardent avec la même expression de reconnaissance chargée de remerciements, et quand ils sont débarqués de la voiture, c'est chose commune que de voir ces soldats souffrant probablement le martyr, faire l’effort de prendre la main des secouristes américains. Je vous assure que parfois les larmes sont proches. Je vous envoie quelques photos prises avec un petit appareil photo que j'ai acheté, car le mien est trop grand. Avec tout mon amour à vous et à tous ceux qui me sont chers en Amérique.

è Suite de la correspondance de Leslie Buswell

 


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