Les bornes Touring Club de France et de Belgique
Page de La Grande Guerre en Lorraine de Michel Jacquot, dernière m à j : dimanche, 01. juillet 2007
Historique des bornes
C’est le « Touring Club » qui entreprit de borner la ligne de front de monuments de granit après le conflit. Les bornes, toutes identiques, furent érigées de 1921 à 1927 là où certaines routes croisaient la ligne du front telle qu’elle se présentait le 18 juillet 1918, de la Mer du nord à la frontière suisse. La première borne en sol français fut inaugurée le 11 novembre 1921 à Château-Thierry dans le département de la Marne, la dernière (en date) a été érigée en juin 1927 au Vieil-Armand (Hartmannswillerkopf) près de Cernay en Alsace. Ce furent de nombreux donateurs qui financèrent ce projet dont de très nombreux éléments subsistent encore heureusement de nos jours.
L’initiative revient au sculpteur français Paul Moreau-Vauthier (26 novembre 1871, 2 février 1936), vétéran de Verdun, devenu célèbre avec sa sculpture « La Parisienne » placée à l'entrée de l'Exposition universelle de Paris en 1900. Dans un premier temps, il imagina de marquer chacun des 650 Km du front de Nieuport en Belgique à Moosch près d'Altkirch/Belfort à la frontière franco-suisse. Son premier modèle de borne commémorative fut présenté à une exposition tenue à Paris dès 1920. Henri Defert, président du Touring Club de France, approuva cette idée et invita le Touring Club belge à se joindre au projet. Le Général Pétain fut sollicité quant au choix des emplacements et il arrêta une première liste d’environ 220 sites (nombre allant jusqu’à 280 suivant les sources).

La borne de Bezonvaux (55) en 2004
Durant la période 1921-30, Paul Moreau-Vauthier fut sollicité pour de nombreux mémoriaux. Deux bornes commémoratives, dix fois plus grandes, furent érigées, l'une à Koblenz en Allemagne en 1927 et l'autre en 1930 à Soissons près du lieu-dit "Vertes-Feuilles", en mémoire des combats du Chemin des Dames de mai et juillet 1918 suite à l’offensive foudroyante Lundendorff du 27 mai 1918. Il sculpta également un groupe de soldats français pour la ville de Reims (érigé en 1923 et détruit durant la WWII).
En 1930, le « Touring Club de France » formula une nouvelle demande : imaginer un monument spécifique pour la vingtaine de villages français détruits et jamais reconstruits après la guerre.
M Rik Scherpenberg, http://www.wra.be/demastones.htm, que je remercie ici pour la richesse de son travail sur le sujet, en a localisé cinq dont deux en Lorraine à Ornes et à Fleury-devant-Douaumont.
Paul Moreau-Vauthier mourut en 1936 dans un accident de voiture à Ruffigny, près de Niort alors qu’il se rendait à Bordeaux. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise à Paris en lisière duquel se trouve sa sculpture "Le Mur" dans un petit square de l’avenue Gambetta en mémoire de tous les morts de la Commune de 1871 avec cette épitaphe « Aux victimes de la Révolution ».

Monument "Le mur" à Paris, avenue Gambetta
avec l'aimable autorisation de l'association Les Amis de la Commune de Paris
(1871)
http://lacomune.club.fr/index.html
Mais au final le succès du projet dépendait surtout de la générosité des donateurs. Provenant du grand public en passant par toutes sortes d'organismes, les fonds récoltés permirent la construction de 118 bornes dont 96 en France et 22 en Belgique, c’est-à-dire la moitié de l’inventaire du Général Pétain. Il semble néanmoins qu’une 119ème borne ait été érigée en 1929 devant un monument appelé la « Croix Brisée » près du hameau de Confrécourt près de Soissons. Cette borne aurait été payée entièrement par le propriétaire des lieux, le marquis de Croix.
A ce jour, M Rik Scherpenberg est parvenu à localiser 72 bornes sur le territoire français et 22 en Belgique. Il semble que certaines , disparues jusqu'en 1980, aient été remplacées. La Belgique dispose de trois modèles différents, un type belge, un type anglais et le modèle français qui marque tout le front français. Les bornes belges comportent une inscription en trois langues « Here the invader was brought to a standsthill », « Ici fut repoussé l’envahisseur » et « Hier werd de oveweldiger tot staan gebracht ».
En France, le texte indique : « Ici fut repoussé l’envahisseur, 18 juillet 1918 », cette date marque le début de l'offensive Mangin. Château-Thierry fut la première ville libérée grâce à cette manoeuvre et c'est pourquoi Henri Defert a choisi cette ville pour recevoir la première borne commémorative.
Les bornes furent taillées à Andlau, en Alsace près de Colmar, par la société Léon Telle dans du granit rose du secteur. Seules les bornes n°1 (Château-Thierry) et n°2 (Eix dans la région de Verdun) furent sculptées dans un matériau différent. Elles mesurent 125 cm x 75 cm x 65 cm.
D'après certains historiens militaires, différentes causes seraient à l'origine des disparitions, accidents, tirs, mais il semble que la plupart des destructions proviennent de l'occupation allemande pendant la seconde guerre mondiale. Enfin quelques bornes aux textes particulièrement endommagés ont fait l'objet d'une nouvelle plaque portant l'inscription « Ici fut repoussé l’envahisseur ». c'est le cas de 7 bornes du Pas-de-Calais et de celles de Leintrey en Meurthe-et-Moselle), de Senones et Ban-De-Sapt dans les Vosges.
Répartition géographique
Elles sont ventilées comme suit par département :
Nord : 8 dont 5 subsistent, 3 furent détruites durant la seconde Guerre mondiale
Pas-De-Calais : 12 toutes présentes à ce jour
Somme : 7 dont 3 subsistent, 4 furent détruites durant la seconde Guerre mondiale
Oise : 4 dont 3 subsistent, 1 fut détruite durant la seconde Guerre mondiale
Aisne : 9 dont 5 subsistent, 4 furent détruites durant la seconde Guerre mondiale
Marne : 14 dont 13 subsistent, 1 détruite durant la seconde Guerre mondiale, il semble que celle de Marfaux a été enterrée sur place.
Meuse : 16 dont 13 subsistent, 3 furent détruites durant la seconde Guerre mondiale
Meurthe-et-Moselle : 12 toutes présentes à ce jour
Vosges : 3 toutes présentes à ce jour
Haut-Rhin : sur un total de 11, 5 seulement subsistent dont 2 très endommagées et 1 déplacée de Moosch (la dernière et la plus au sud près de la frontière suisse) à Altkirch en 1936. Les bornes absentes peuvent s'expliquer du fait que l'alsace fut à nouveau annexée par l'Allemagne nazie en 1940.
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Symbolisation
Les 118 (119) bornes françaises dues à Paul Moreau-Vauthier sont donc toutes identiques et, hormis le bandeau précisant le lieu et d'une indication des donateurs, elles représentent hormis celle de la Ferté Milon: |
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- le masque à gaz
1917 |
- le casque Adrian
1915 |
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- le bidon
français à la forme singulière |
- deux grenades
offensives |
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